La Bretagne, l’autre pays de la bière

TENDANCE La région est l’une des terres les plus représentées en nombre de brasseries…

Camille Allain

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Illustration d'un échantillon de bières à l'occasion d'un concours organisé en Bretagne.
Illustration d'un échantillon de bières à l'occasion d'un concours organisé en Bretagne. — Quinn Dombrowski / Flickr.com

Si le Nord et l’Est demeurent les régions phares de la bière en France, la Bretagne place doucement ses pions sur le marché de la boisson houblonnée. La région s’illustre notamment par son nombre de brasseries professionnelles, qui explose depuis quelques années. « On en avait recensé 60 l’an dernier dans la Bretagne à cinq départements. Elles sont 81 aujourd’hui », témoigne Mathieu Gaillet.

L’an passé, ce conseiller à la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor avait participé au lancement du premier concours des bières bretonnes, organisé dans le cadre du salon Terralies et dont la deuxième édition se déroulera samedi à Saint-Brieuc. « C’est un événement que l’on souhaite pérenniser pour montrer le savoir-faire local », assume le conseiller. Cette année, 25 brasseries s’affronteront pour tenter d’obtenir une médaille.

« Les bières ne voyageaient pas »

Si la Bretagne s’affiche de plus en plus comme une terre de bière, c’est peut-être parce qu’elle a toujours aimé ça. Fermées lors des deux Guerres mondiales, les brasseries étaient nombreuses dans la région. « Les bières ne voyageaient pas donc elles étaient surtout consommées dans la région », rappelle Philippe Bonnet, auteur de L’histoire de la bière en Bretagne et fin connaisseur du sujet.

Alors que les petites brasseries ont progressivement été absorbées par les grands groupes à partir des années 60, ce sont encore une fois des Bretons qui sont venus chatouiller les mastodontes du secteur. « Ce sont les fondateurs de Coreff (Finistère) qui ont relancé la mode des bières artisanales en France avant que Lancelot (Morbihan) ne les suivent », poursuit l’auteur. Associées à Britt, la troisième « grande » brasserie bretonne, les trois produisent chaque année 40.000 hectolitres.

Mais cet essor récent de la bière en Bretagne est surtout l’œuvre de passionnés, de particuliers qui se lancent dans le brassage avant d’en faire leur métier. « J’en avais ras le bol d’être assis devant un ordinateur toute la journée. J’avais envie de créer, de faire quelque chose de mes mains », raconte Samuel Moizan, qui a fondé sa petite brasserie Sam brasse de la bière à Queven, dans le Morbihan.

La brasserie Sainte-Colombe, située au sud de Rennes.
La brasserie Sainte-Colombe, située au sud de Rennes. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

Cet ancien graphiste a suivi une formation d’une semaine à Douai (Nord) avant de tester ses recettes pendant un an et de les proposer à la vente. « C’est une toute petite production pour l’instant. Mais je suis sûr qu’il y a de place pour tout le monde. Aux Etats-Unis ou au Québec, il y a une véritable explosion du phénomène », poursuit le brasseur, qui participera au concours samedi.

Le succès est tel que la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor réfléchit à la création d’une filière de la bière dans la région de Saint-Brieuc, avec la plantation d’orge brassicole, aujourd’hui absent du territoire. Quant à l’identité de la bière bretonne, elle serait « impossible à définir » selon le spécialiste Philippe Bonnet. « Il y en a de toutes les sortes, car les Bretons sont de grands voyageurs.Certaines sont faites par des Néerlandais, d’autres par des Anglais. Certaines avec de l’eau de mer, ou du blé noir ». Qu’elles soient blondes, brunes ou rousses, elles trouvent toutes preneur.