Manifestations contre la loi Travail: Pourquoi ça chauffe à Nantes et à Rennes

LOI TRAVAIL Depuis plus de deux mois, des échauffourées éclatent en marge des manifestations. Qui sont leurs auteurs?...

C. A. et F. B.

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Des casseurs lors d'une manifestation contre la loi Travai à Nantes, le 13 mai 2016 / AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER Lancer le diaporama
Des casseurs lors d'une manifestation contre la loi Travai à Nantes, le 13 mai 2016 / AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER — AFP

Voilà plus de deux mois que les manifestants battent le pavé dans la France entière pour réclamer le retrait de la loi Travail. Si la mobilisation se décline dans toutes les grandes villes, seules trois d’entre elles font parler d’elles. Paris, d’abord, mais aussi Rennes et Nantes, où les affrontements avec les forces de l’ordre sont quasi systématiques. Pourquoi les deux voisines de l’Ouest, souvent louées pour leur qualité de vie, sont-elles le théâtre de débordements ? Eléments d’explication.

Parce qu’il y a une culture de l’affrontement

De l’avis général, il y aurait à Nantes et Rennes une certaine « culture de l’affrontement ». « Ce sont deux villes connues pour leur combativité, les mobilisations y sont importantes », confirme Fabrice David, secrétaire de la CGT 44. Bien avant la loi travail, des heurts sont ainsi survenus lors des manifestations anti-aéroport, pour la réunification de la Bretagne, contre le CPE ou le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy. « Il y a toujours eu des mouvements durs. Je me souviens de manifs de dockers dans les années 1980, c’était déjà très chaud », raconte Daniel, syndicaliste. « Il y a une habitude et un mimétisme malsain de la violence », déplore Arnaud Bernard, secrétaire du syndicat de police Alliance en Loire-Atlantique.

Parce qu’il y a une forte présence d’extrême gauche

Tenues par les socialistes, les deux municipalités ont chacune un héritage syndical ancré. A Rennes, c’est dans le milieu étudiant que le goût de la contestation est né. « Dans les années 70, la séparation des universités a vu naître beaucoup de collectifs d’extrême gauche antifascistes ou anti Le Pen à Rennes 2. Nantes a plus une histoire syndicale liée à ses activités ouvrières et portuaires. Mais les deux villes gardent un ancrage d’extrême gauche », estime le politologue rennais Romain Pasquier. De nombreux collectifs sont nés de cette période et continuent de lutter aujourd’hui. Les actions des Bonnets Rouges ou des agriculteurs en témoignent.

Parce que la ZAD n’est pas loin

Située à 30 km de Nantes et à 80 km de Rennes, la Zone à défendre (ZAD) est le bastion de la lutte contre le projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Pour le politologue, elle est « est le principal élément détonateur des violences ». « On a affaire à une militance radicale qui rejette toute forme de capitalisme. La casse ne touche d’ailleurs que ce qui représente l’argent ou l’autorité de l’Etat », estime le chercheur.

Les saccages des centres-villes de Nantes de Rennes lors de mobilisation anti-aéroport ont marqué les esprits. « Les méthodes des Zadistes, notamment l’utilisation de masques ou de chariots remplis de vêtements de rechange, ont été reprises et se sont banalisées depuis », estime le syndicat de police Alliance. Vincent, photographe habitué des manifs dans les deux villes nuance ces propos. « Il y a des gens de la ZAD dans les cortèges mais ils ne sont pas si nombreux et sont avant tout opposés à la loi Travail. Certains rejettent le système, ils viennent pour en découdre, mais leurs actions sont ciblées. »

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Parce que des jeunes des quartiers difficiles s’en mêlent

Une autre catégorie de population serait repérée parmi les casseurs de centre-ville : des petits groupes de jeunes habitant les quartiers sensibles. « Ils profitent de la confusion pour se défouler, exprimer une haine contre la police, voire voler. On a vu un peu le même phénomène lors de fêtes de la Musique », observe un policier. « Ils cherchent les limites et prennent de l’assurance au fil des manifestations », complète Thierry Audouin, secrétaire du syndicat de police FPIP-CTFC. Plutôt nantais, le constat vaut aussi pour Rennes, mais dans une moindre mesure. « Il y a pas mal de jeunes en mal de quelque chose et qui trouvent dans ce défouloir une place dans la société, relate un syndicaliste breton. Les gros casseurs, ils connaissent nos techniques. C’est rare qu’on les attrape. »

Parce que l’alcool produit son effet

Un autre argument est avancé : le rôle de l’alcool et, à un degré moindre, du cannabis. Les régions Bretagne et Pays de la Loire sont en effet tristement réputées pour leur consommation excessive, notamment chez les jeunes. « Quand on est confronté à des dérapages violents, l’alcool n’est jamais très loin. On sait tous que c’est une problématique particulière dans l’Ouest », confirme un policier. « Boire un peu, fumer, ça fait partie des ingrédients d’une bonne manif. Ça désinhibe, c’est festif », témoigne Adrien, manifestant nantais. « La plupart des manifs ont lieu le matin ou en début d’après-midi. On voit très peu de monde picoler et il y a quand même des débordements », nuance Daniel, syndicaliste.