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Un manifestant lors du rassemblement contre les violences policières interdit à Rennes, le 14 mai 2016. — DAMIEN MEYER / AFP

CONTESTATION

Fin de la manifestation contre les violences policières à Rennes

Vers 13 heures, quelque 400 à 500 manifestants s'étaient donné rendez-vous pour ce rassemblement pourtant interdit par les autorités...

La manifestation était interdite, mais elle a tout de même eu lieu. Un rassemblement s’est tenu ce samedi sur l’esplanade Charles-de-Gaulle à Rennes pour protester contre les violences policières, et a pris fin vers 15h après des incidents avec les forces de l’ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et de lanceurs de balles de défense.

Une cinquantaine de personnes se trouvaient encore vers 15h30 sur la vaste esplanade où quelque 700 manifestants s’étaient rassemblés vers 13h, dénonçant « les violences policières » et la réforme du code du travail engagée par le gouvernement.

Les forces de l’ordre ont empêché les manifestants de se former en cortège pour défiler dans le centre-ville, a expliqué Patrick Dallennes, préfet par intérim d’Ille-et-Vilaine et préfet délégué pour la zone de défense et de sécurité ouest. Après une prise de parole pour dénoncer « un gouvernement socialiste qui ne peut plus gouverner qu’avec le 49-3 », les manifestants ont été bloqués dans les abords immédiats de la vaste esplanade, venant au contact des cordons de gendarmes mobiles qui ont fait usage de gaz lacrymogènes.

« Ils tirent pour nous mutiler »

« La police mutile, la police assassine », criaient les manifestants, empêchés de gagner le centre historique, les centres commerciaux donnant sur l’esplanade et les voies SNCF toutes proches. Les forces de l’ordre ont également utilisé des lanceurs de balles de défense afin de repousser les manifestants qui lançaient des projectiles, selon la préfecture. Personne n’a été blessé du côté des forces de l’ordre.

Un manifestant a montré à l’AFP une marque à la cuisse causée selon lui par une balle de défense. « Ils ne cherchent pas à nous faire peur mais à nous faire mal. La violence n’est pas de notre côté, ils tirent pour nous mutiler », a-t-il déclaré.

Les manifestants étaient autorisés à quitter la place après avoir montré le contenu de leur sac-à-dos aux policiers. Les forces de l’ordre veillent à empêcher que des petits groupes se reconstituent dans le centre-ville, a assuré Patrick Dallennes.

Quatre personnes placées en garde à vue

Avant la manifestation, les forces de l’ordre ont effectué 22 contrôles d’identité auprès de personnes qui tentaient de se rendre sur l’esplanade. Quatre ont été placées en garde à vue, dont une qui était en possession d’un marteau et trois autres qui ont refusé de se soumettre à des prises d’empreintes, selon Patrick Dallennes. La police avait reçu des moyens supplémentaires, et près de 500 hommes ainsi que deux hélicoptères et quatre canons à eau avaient été mobilisés pour arrêter d’éventuels contrevenants.

Vendredi soir, un groupe d’environ 300 casseurs selon la préfecture a déambulé dans le centre de Rennes pour protester contre l’évacuation d’une salle municipale occupée depuis le 1er mai, dégradant de nombreux commerces et bâtiments publics. « Ils se sont servis, ils ont tendu le bras pour attraper les vêtements qui étaient juste derrière », a déploré ce samedi matin Frédéric Bonnechère, propriétaire d’un magasin de vêtements, en découvrant son établissement vandalisé.

« On est désespérés, on a envie de pleurer parce que, nous, ça fait un an qu’on a monté le commerce ; donc, on a plus de dettes que de profits, c’est pas facile. On essaie de créer une clientèle et, là, ça fait un mois et demi qu’il n’y a plus de clients dans Rennes », s’est désolé le commerçant.

« Aucune violence ne doit être acceptée »

Pour le préfet par intérim, les manifestants avaient mis au point « une tactique de guerilla urbaine », avec des petits groupes très mobiles s’en prenant en peu de temps à différentes cibles. La nuit et la destruction par les manifestants de plusieurs caméras de surveillance ont en outre rendu les forces de l’ordre « aveugles pour une partie de la ville », a expliqué Patrick Dallennes. Depuis le Nigeria où il se trouve en visite, le président François Hollande a dénoncé les dégradations commises, estimant qu'« aucune violence ne doit être acceptée ».

Depuis deux mois, Rennes a été le théâtre de manifestations parfois violentes contre la loi travail, un jeune manifestant ayant perdu l’usage d’un oeil le 28 avril suite à un jet de projectile. Certains manifestants ont imputé cette blessure à un tir de Lanceur de balles de défense (LBD40) de la police. Une enquête, ouverte par le parquet et confiée à l’IGPN (inspection générale de la police nationale) est en cours pour déterminer l’origine exacte du projectile.

« Rennes et Nantes n’ont pas vocation à devenir un champ de bataille pour casseurs violents, animés par la haine de l’État et de la République », a déclaré vendredi Bernard Cazeneuve.