Stade Rennais: «Christian Gourcuff était un bouffeur de ballons», se marre Jean-Luc Arribart

INTERVIEW Le nouvel entraîneur des Rouge et Noir, apôtre du jeu collectif, préférait se la jouer solo quand il était joueur, selon son ancien coéquipier...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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L'ancien joueur du Stade Rennais Jean-Luc Arribart.
L'ancien joueur du Stade Rennais Jean-Luc Arribart. — TF1 / Chevalin

Ancien vainqueur de la Coupe Gambardella avec le Stade Rennais, le consultant TV Jean-Luc Arribart évoque le retour au SRFC de Christian Gourcuff, qui fut son partenaire sous le maillot rouge et noir.

Que vous inspire la nomination de Gourcuff ?

C’est une très bonne nouvelle ! Son premier passage, qui a été un échec, ne lui avait pas permis de mettre en place tout son savoir-faire. C’est quelqu’un de très compétent, et pour lequel j’ai beaucoup d’estime et de sympathie.

Pourquoi ces marques d’affection, justement ?

D’abord parce que je l’ai connu comme joueur, on a gagné la Gambardella ensemble [en 1973]. En raison, ensuite, de ses idées tactiques, de son exigence et sa volonté de faire jouer ensemble les joueurs. Christian est évidemment plus un adepte de Pep Guardiola (coach du Bayern Munich) et Luis Enrique (FC Barcelone) que de Diego Simeone (Atlético Madrid).

Quand on parle d’espaces et d’intervalles, les espaces sont entre deux lignes : la défensive et celle des milieux. L’intervalle, c’est l’espace entre deux joueurs d’une même ligne. C’est très important, car lui cherche toujours à avoir des distances adéquates entre les joueurs, pour permettre à tout moment de couvrir efficacement un partenaire quand on n’a pas le ballon. C’est l’un de ses dadas.

Et dans l’animation, ça donne quoi ?

C’est l’occupation, c’est le mouvement, ce qu’on appelait « le jeu à la nantaise ». Autrement dit, se rendre disponible par des courses, ce qui facilite évidemment la circulation de balle et le travail du porteur du ballon. C’est toujours dans son discours, et c’est pour ça qu’il y a beaucoup de séances tactiques, pour que les joueurs comprennent bien ce qu’il attend d’eux.

Une fois que le cadre est posé, les joueurs ont ces réflexes en matière de positionnement. Après, son jeu est bien sûr basé sur la technique, l’inspiration et le talent des joueurs. Il aime ceux qui osent et inventent des choses. Si j’étais joueur, je serais très content d’évoluer avec un coach comme lui.

Christian Gourcuff, au moment de la présentation des équipes finalistes de la Coupe Gambardella 1973.
Christian Gourcuff, au moment de la présentation des équipes finalistes de la Coupe Gambardella 1973. - srfc.frenchwill.fr

Est-il le meilleur tacticien français en activité ?

C’est un des meilleurs, c’est évident. Il respire le jeu et la tactique. D’autres se débrouillent plutôt bien. Par exemple, je pense qu’Arsène Wenger fait du bon boulot à Arsenal. On va dire qu’il a un effectif qui lui permet ça… d’accord ! Mais encore faut-il savoir le gérer convenablement.

Wenger et Gourcuff se rapprochent dans cette même volonté d’expression offensive. Christian cherche toujours à améliorer son système. On se dit que son 4-4-2 est toujours pareil, alors qu’il est à géométrie variable. Il n’y a pas du tout de rigidité. C’est plus pour la récupération qu’il a une organisation bien précise.

Tout le monde connaît le Christian Gourcuff entraîneur. Comment était le Christian Gourcuff joueur ?

Il ne va pas aimer, mais c’était un bouffeur de ballons ! Ça me fait rire, car s’il demande à ses joueurs de jouer en une touche de balle, lui n’y arrivait jamais. Le ballon, il aimait le toucher, le demander, le caresser, il aimait dribbler… Il ne le lâchait pas comme ça ! C’était un milieu doté d’une très bonne technique et d’une très bonne couverture de balle. Il manquait peut-être de vitesse et d’accélération. C’était un bon et un beau joueur de football.

Le fait de diriger Yoann Gourcuff sera observé à la loupe la saison prochaine…

Je trouve que ce n’est pas une bonne idée… Soit Christian va se comporter plus sévèrement à l’égard de son fils, parce qu’il ne voudra pas lui accorder de passe-droit. C’est pénalisant, car Yoann devra en faire beaucoup plus pour avoir le même traitement que les autres. Son père fera très attention à ce qu’on ne l’accuse pas de favoritisme.

Soit c’est l’inverse : il va autoriser à son fils des choses qu’il n’accordera pas à un joueur lambda… C’est toujours risqué d’entraîner son fils, c’est un facteur de déstabilisation pour tout le groupe. Maintenant, peut-être que René Ruello, Christian et Yoann voient les choses différemment…