Le melon petit-gris de Rennes n’est pas mort

AGRICULTURE La variété a quasiment disparu, au profit du Charentais…

C.A.

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Maraîcher à Pacé, Eric Bocel doit régulièrement s'occuper des pieds de melons petit gris, variété ancienne de la région de Rennes devenue très rare.
Maraîcher à Pacé, Eric Bocel doit régulièrement s'occuper des pieds de melons petit gris, variété ancienne de la région de Rennes devenue très rare. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Vous n’en verrez jamais sur les étals des supermarchés. Peut-être même ne l’avez-vous jamais goûté. Produit phare de la région rennaise, le melon petit-gris a aujourd’hui presque disparu de nos assiettes. Très fragile,le fruit a été abandonné par les maraîchers rennais, au profit du melon charentais, plus résistant. « Dans les années 60, nous étions 250 producteurs dans le département. Et tout le monde faisait du petit-gris », se souvient Yves Bocel, maraîcher de Pacé. Les producteurs s’étaient ensuite tournés vers le Charentais ou les tomates, qui demandent moins d’entretien.

Une variété jamais améliorée

Aujourd’hui, seuls son fils et son neveu ont fait le choix de poursuivre la culture de cette fragile espèce, dont la peau ne dépasse parfois pas le millimètre. « La variété n’a jamais été modifiée ni améliorée. C’est un melon qui ne supporte pas le transport, ni les changements de température. Il n’est pas adapté à la consommation d’aujourd’hui. Il nous demande aussi beaucoup de travail au quotidien », explique Eric Bocel, l’un des derniers maraîchers à produire le petit-gris.

Si le réputé producteur de légumes de Pacé continue de bichonner le petit-gris, c’est surtout pour faire plaisir à ses clients, qui l’attendent chaque année. « Au marché des Lices, il y a des personnes qui ne viennent nous voir qu’à ce moment », assure Eric Bocel. « Et nos enfants ne mangent que celui-là », ajoute sa femme Dominique. Réputé pour sa chair très fruitée, le melon a aussi fait son retour dans les assiettes des restaurateurs rennais, de plus en plus nombreux à le travailler. « Son goût est exquis », dit le célèbre chef Olivier Roellinger, qui le sert avec des huîtres tièdes et du vinaigre de porto.

« Il n’aime pas être manipulé »

Selon la météo, il faudra attendre la fin juin voire le mois de juillet pour voir le melon petit gris faire son discret retour sur les étals du marché des Lices. « On préfère même le garder derrière nous et le sortir sur demande, tant il n’aime pas être manipulé », sourit Eric Bocel. Un petit caprice de star.