Ligue 1: Quand Christian Gourcuff se faisait virer du Stade Rennais

FOOTBALL Officiellement de retour au sein du club rouge et noir, l'entraîneur breton y a vécu des heures sombres...

Jeremy Goujon

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Christian Gourcuff est de retour au Stade Rennais, 14 ans après en avoir été évincé...
Christian Gourcuff est de retour au Stade Rennais, 14 ans après en avoir été évincé... — S. Alamba / AP / Sipa

Le retour de Christian Gourcuff au Stade Rennais a été officialisé ce mardi par René Ruello. Un come-back qui peut surprendre, si on se souvient des déclarations du technicien finistérien (et celles de son fils) après son éviction du club rouge et noir, en 2002. 20 Minutes s’est procuré les savoureuses archives…

  • Ce qu’il s’est passé avant le dernier match à Auxerre (samedi 4 mai 2002)

« Le vendredi matin, Hervé Guégan [ancien adjoint de Gourcuff] vient me voir et me dit qu’il a entendu que j’étais viré. On arrive à Auxerre et, à 21 h 30, je reçois un coup de téléphone de Ouest-France, qui me dit : Ne sois pas surpris, demain, on annonce que tu es viré. Je suppose qu’ils avaient dû attendre un peu pour préserver leur Une. Là-dessus, j’appelle René Ruello [déjà président du SRFC à l’époque], qui me confirme qu’il a vu François Pinault dans la journée, qu’il va y avoir des changements et que, lui aussi, est viré. Le lendemain, j’appelle M. Pinault, qui confirme. J’informe les joueurs. Quand une heure avant le match, Emmanuel Cueff [qui allait succéder à Ruello] veut rentrer dans les vestiaires, je le sors - avec beaucoup de satisfaction - et lui dis d’attendre la fin du match avant de revenir. On joue, on gagne 3-2...

Personnellement, je ne pouvais pas me mettre sur le marché du travail. Il me fallait une lettre de licenciement pour commencer les démarches. Ruello me dit : Ce n’est pas moi qui te vire, je ne signerai pas ta lettre de licenciement. Finalement, je suis licencié pour faute grave, une lettre signée de Cueff. Mon sentiment à ce moment-là ? Un sentiment de trahison. Mais de toute façon, entouré de personnes comme ça, je ne pouvais pas réussir. Et puis après, avec un peu de sérénité, tu te dis que c’était tellement plombé, qu’il aurait fallu nettoyer au karcher, voire au lance-flammes (sic), en arrivant [contacté par 20 Minutes, Emmanuel Cueff n’a pas souhaité évoquer les faits]… »

  • Une dent contre les Pinault (surtout François-Henri)

« La seule crédibilité d’un entraîneur, c’est son dirigeant qui la lui donne. Après, ce sont ses résultats qui le crédibilisent au niveau de l’opinion publique. Tout part donc d’une personne, celle qui a le pouvoir. À Rennes, c’était François Pinault. S’il avait vraiment cru au projet pour lequel il est venu me chercher [Gourcuff avait signé pour cinq ans à Rennes], ça se serait passé différemment. Il serait passé outre les réticents, qui seraient partis ailleurs. Mais, au demeurant, je n’ai rien contre lui. Nos contacts ont toujours été très courtois. »

« Dans notre projet, il était plus intéressant que Guégan, qui maîtrisait le jeu, soit à la formation pour installer nos idées et nos principes à tout le club. A posteriori, je sais que c’était une erreur car, s’il avait été avec moi comme adjoint, les choses ne se seraient pas passées comme ça [Guégan avait finalement pris en main l’équipe réserve, tandis que Bertrand Marchand devenait l’adjoint de Gourcuff]. Mais sincèrement, je pensais avoir plus de temps. Si les dirigeants et, soyons clairs, M. Pinault, m’avaient suivi et avaient tenu cette ligne directrice, nous aurions pu travailler. Je pense que François Pinault est quelqu’un de droit, mais qui subit des influences, à commencer par celle de son fils. »

  • Où il est question d’assassinat et de coup de poignard

« À Rennes, c’était spécial, et je ne sais pas si j’aurai l’occasion, un jour, de dire ce qui s’est réellement passé. Cela n’a pas été très clean à pas mal de niveaux. J’ai été assassiné par derrière… Lutter lorsqu’on ne connaît pas ses ennemis, c’est assez difficile. J’ai beaucoup d’amertume quand je pense à ce qui s’est passé à Rennes. La blessure n’est pas refermée, et je pense que je l’aurai toujours. Il y a des choses et des gens que je ne pourrai pas oublier. Bien sûr, je les croiserai sans doute sur mon chemin, et il ne faut pas vivre avec le passé, alors… Mais on m’a sali sur pas mal de points, surtout sur l’image qu’on a voulu faire passer de moi. Quelqu’un comme Bertrand Marchand a raconté des choses qui ne peuvent pas passer. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de dire ce qui est vraiment arrivé à Rennes. »

« À Rennes, j’ai tout d’abord été victime de règlements de compte, mais également de luttes d’intérêt. Des choses étaient pipées à l’avance et je ne les avais pas perçues. Mon erreur a été de faire confiance à tout le monde en me disant : J’ai un contrat de cinq ans, j’ai un vrai projet, on va voir avec qui on pourra avancer et je ferai le tri ensuite. Le problème, c’est que le tri, ce n’est pas moi qui l’ai fait, mais certaines personnes. »

« J’ai été trahi et j’ai donc mon opinion sur certaines personnes. J’ai vu des choses invraisemblables, que je ne peux pas concevoir, avec des gens qui disent bonjour, qui tapent dans le dos et qui vous poignardent ensuite. J’ai des tas d’anecdotes sur des personnes, à tous les étages du club… »

  • Des répercussions sur un fiston nommé Yoann Gourcuff

« Ce fut un moment très difficile pour moi. Je n’ai pas du tout apprécié la façon dont beaucoup de personnes se sont comportées avec mon père. J’en ai beaucoup souffert. J’étais au centre de formation, et c’était particulier pour moi. J’étais dégoûté pendant quelques semaines. Je ne voyais pas le monde du football pro comme cela. Je suis tombé de haut. Des choses se sont passées, que personne ne sait, et qui ne sont pas normales. »

« Peut-être que mon père a été trop naïf, il n’imaginait pas que cela pouvait arriver. Sûrement parce qu’il n’avait jamais été dans un si gros club (sic), et qu’il ne pensait pas que les choses se dérouleraient ainsi. Il a peut-être eu trop confiance en certaines personnes. Il s’est fait avoir par le milieu, il a payé. À cette période, à Rennes, tout était particulier : les dirigeants, les joueurs… »