SRFC-EAG: «Dans un ascenseur pour huit, la porte se referme sur le 9e, Rennes»

INTERVIEW Ancien capitaine de l'En Avant de Guingamp, Christian Bassila revient sur la finale de la Coupe de France 2009, remportée il y a sept ans jour pour jour contre le voisin breton...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Christian Bassila au lendemain de la victoire en Coupe de France, le 10 mai 2009 à Guingamp.
Christian Bassila au lendemain de la victoire en Coupe de France, le 10 mai 2009 à Guingamp. — F. Lepage / Sipa

Si les supporters du Stade Rennais préfèrent se souvenir du 9 mai (1998) pour le but salvateur de Kaba Diawara, ceux de l’En Avant de Guingamp célèbrent ce lundi les sept ans de la première victoire en Coupe de France. Co-capitaine lors de l’épopée costarmoricaine de 2009, l’ancien joueur Christian Bassila évoque l’acte I breton au Stade de France.

Qu’est-ce qui ressort en particulier de cette fameuse soirée ?

C’est un ensemble qui m’a marqué. On était très décontractés avant le match, on était sûrs de nous. On sentait qu’il allait se passer quelque chose, parce qu’il s’était déjà créé un truc dans le groupe bien avant la finale. La victoire a ponctué une aventure humaine extraordinaire. On était plus que de simples partenaires, et aujourd’hui, je suis encore en contact avec Fabrice Colleau, Lionel Mathis, Yves Deroff. On est devenus comme une famille.

Vous aviez senti une forme de suffisance côté rennais, alors que Guingamp n’évoluait qu’en Ligue 2 ?

Pas du tout. Pour connaître les joueurs de l’époque, ils n’étaient pas dans cette attitude-là. Rennes avait la pression. C’est un club qui met les moyens, mais qui n’arrive pas à remporter ce petit titre (sic), qui ne le ferait plus passer pour celui qui échoue toujours aux portes du succès ou de l’Europe. C’est comme dans un ascenseur : on ne peut mettre que huit personnes, Rennes arrive en tant que 9e et la porte se referme… On a l’impression qu’il y a toujours ce match loupé, comme cette année à Nice, et ce n’est alors plus la même saison.

Ce qui ajoute à l’exploit guingampais en 2009, c’est que le SRFC ouvre le score à 20 minutes de la fin…

On avait beaucoup de joueurs d’expérience ayant déjà vécu des finales, et c’est ce qui faisait notre force. À 0-1, on n’était pas à se dire : « C’est fini, c’est mort ». On est restés concentrés, ceux qui devaient défendre ont bien défendu, ceux qui étaient au milieu se sont attachés à bien faire le lien entre la défense et l’attaque. Ce qui est très significatif, c’est qu’il n’y a eu pas d’explosion de joie au moment de l’égalisation, et même quand Eduardo met le but du 2-1. On est tout de suite partis se replacer, car on savait que les minutes les plus difficiles étaient à venir. On était dans le calcul, pas dans l’euphorie. On se disait : « La fête, on la fera après ».

La remise du trophée est-il le plus grand moment de votre carrière, vous qui portiez le brassard de capitaine ?

Déjà, je ne veux pas dire que j’étais capitaine. Il y avait un fonctionnement à part à Guingamp. Quand je suis arrivé [en 2008], le capitaine était Fabrice Colleau. Comme il jouait un peu moins, le coach Victor Zvunka m’a donné le brassard, mais je n’étais capitaine que pour aller signer la feuille de match ou discuter avec les arbitres. On était donc deux co-capitaines, et on a soulevé la Coupe à deux. Je n’ai pas voulu en faire un moment personnel. La Coupe ne m’appartenait pas, ce n’est pas Christian Bassila qui l’a gagnée tout seul. C’est bien d’associer tout le collectif, et d’ailleurs, à l’issue de la deuxième victoire en 2014, Lionel Mathis a soulevé le trophée avec Thibault Giresse.

Ça vous avait fait un petit pincement de battre le Stade Rennais, l’un de vos anciens clubs ?

Je suis resté un an à Rennes [en 1999-2000], et ça ne s’est pas très bien passé. Ce n’est pas de la faute du club, qui m’avait mis dans de superbes conditions, mais entièrement de la mienne. Ce transfert arrivait peut-être trop tôt, j’étais un peu jeune [21 ans], et je n’ai pas réussi à digérer tout ça. En 2009, il n’y avait donc aucun sentiment de revanche. Aujourd’hui encore, je suis peiné quand je vois le SRFC. Ce club a tout pour réussir, mais il n’arrive pas à passer ce palier qui le ferait entrer dans une autre dimension.