Bretagne: Des détenus relâchés faute de personnel pour les escorter?

PRISON L’administration pénitentiaire doit remplacer la gendarmerie et la police…

Camille Allain

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Une escorte amène un détenu à la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine à Rennes.
Une escorte amène un détenu à la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine à Rennes. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

La menace est brandie par le président de la cour d’appel de Rennes. Dans un courrier adressé aux services de police et de gendarmerie consulté par France Bleu, le magistrat évoque le risque de voir des détenus libérés, faute de pouvoir les juger. En cause ? Le transfert de compétences concernant les escortes judiciaires. Jusqu’ici assurées par la police et la gendarmerie, ces « voyages » des détenus vers les tribunaux sont à partir du 2 mai à la charge de l’administration pénitentiaire en Bretagne.

« On a de quoi avoir peur »

Ce transfert, censé générer des économies et libérer les forces de l’ordre, inquiète les salariés de la pénitentiaire. « Quand on voit le nombre de personnels affectés, on a de quoi avoir peur. Ils sont trois à quatre fois moins nombreux que les forces de l’ordre qui effectuaient ce travail », peste Jean-Marc Bertrand, porte-parole régional du syndicat UFAP-UNSA.

Exemple ce lundi matin où une équipe basée à Rennes a pris la direction de la Manche, pour escorter un détenu incarcéré à Cherbourg et jugé à quelques kilomètres de là. Pour les économies, on repassera… « On s’attend à des situations ubuesques. A Lorient, ils ont trois fois moins de personnel et ils doivent en plus gérer Brest et Vannes maintenant. Vous imaginez les allers-retours ? », poursuit le représentant syndical.

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La région n’est pas la première à être confrontée à cette nouvelle mesure. Plusieurs territoires ont déjà subi ce transfert de compétences ces dernières années, avec plus ou moins de réussite. Dans certaines régions, deux agents effectuent parfois les transferts, là où ils étaient trois auparavant. « C’est de l’inconscience », résument les syndicats.

Les personnels formés au port d’arme

A Rennes, 13 surveillants de prisons seront affectés à cette nouvelle unité appelée pôle régional d’extractions judiciaires (PREJ). Formés en trois semaines, notamment au port d’une arme de service, les agents sont trop peu nombreux,d’autant que les effectifs ne sont pas au complet. « On ne sera pas en mesure d’assurer tous les transferts, c’est certain. Mais je suis convaincu que l’on ne relâchera jamais quelqu’un faute d’avoir pu l’extraire », estime Rodolphe Jarry, secrétaire général du parquet général de Rennes.

Les magistrats ont déjà fait savoir qu’ils mettraient tout en œuvre pour limiter les déplacements incessants, notamment en faisant usage de visioconférences. Un système loin d’être idéal et qui connaît régulièrement des ratés. « Le courrier du président voulait avant tout rappeler aux forces de police et de gendarmerie que nous ne ferions appel à elles qu’en dernier recours », assure Rodolphe Jarry.