Stade Rennais: «Au même âge, Dembélé est plus fort qu'Eden Hazard», estime Jérôme Leroy

INTERVIEW L'ancien milieu de terrain rouge et noir s'exprime avant le derby contre Guingamp...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Jérôme Leroy lors de la finale de Coupe de France 2009, entre Rennes et Guingamp.
Jérôme Leroy lors de la finale de Coupe de France 2009, entre Rennes et Guingamp. — A. Réau / Sipa

Ancien joueur de l’En Avant de Guingamp (2003-2004) et du Stade Rennais (2007-2011), Jérôme Leroy, aujourd’hui conseiller du président en charge du recrutement à Châteauroux, donnera le coup d’envoi fictif du derby breton, dimanche après-midi au Roazhon Park (17 h).

À l’instar d’un Mickaël Pagis, avez-vous conscience d’être une icône à Rennes, le club où vous avez passé le plus de temps dans votre carrière (hormis le PSG) ?

« Icône », je ne dirais pas ça… mais c’est vrai que j’y ai passé quatre années magnifiques. Au début, ce n’était pas évident, car tout le monde disait qu’on était en fin de carrière [recrutés la même saison au SRFC, Pagis et Leroy avaient respectivement 33 et 32 ans]. Pour beaucoup de gens, c’était une déception de nous voir arriver, et au final, ça a été une satisfaction. C’est mieux dans ce sens-là que dans l’inverse.

Vous auriez aimé finir votre carrière au Stade Rennais ?

Oui, parce que j’ai continué encore après. J’aurais pu « accompagner », comme le fait maintenant Sylvain Armand. C’est un choix stratégique, d’autres clubs le font. Mais je ne suis pas frustré, puisque j’ai été par la suite à Évian. Parfois, ça fait aussi du bien de se remettre en question.

Que le club n’ait pas souhaité à l’époque vous conserver, ça ne vous est pas resté en travers de la gorge ?

J’avais 38 ans [36 en réalité], je n’allais pas me plaindre quand même ! Rennes voulait rajeunir, et c’est ce qu’il a fait avec Julien Féret.

« Je ne me suis jamais fait d’amis dans le foot »

Avec Pagis et Sylvain Wiltord (revenu à Rennes en 2007), vous étiez un peu les « papys flingueurs » de la Ligue 1, non ?

Offensivement, on avait un peu de qualités, si ce n’est beaucoup… On faisait de bonnes saisons, et tout tombait à l’eau dans les six dernières journées. J’espère que ce ne sera pas le cas cette année pour le Stade Rennais. Ce serait dommage de gâcher une bonne saison, car malheureusement, les gens ne vont retenir que ça. J’ai connu cette situation : quand on annonce quelque chose, en l’occurrence vouloir jouer la Ligue des champions, et qu’on ne le fait pas, les gens sont très déçus. Ils se prennent au jeu, il faut les comprendre.

Que reste-t-il de votre unique année à Guingamp ?

J’ai démontré qu’on pouvait passer d’un grand club [le PSG] à un petit club, et rebondir. C’était à l’image de ma carrière : peu importe l’équipe, le principal était de jouer. On ne va pas se mentir : on est là juste pour jouer au football, pas pour créer de l’amitié. C’est malheureux à dire, mais s’il y a de l’amitié dans le foot, les performances en pâtissent.

Vous ne vous êtes jamais fait d’amis dans le monde du foot ?

Non, je l’ai toujours dit. C’est juste du copinage. Il faut savoir faire la part des choses, et comme ça, on n’est pas déçu. Il y en a qui croient aux mirages. Moi, je n’y crois pas.

« "Loser", c’est un terme de gens jaloux »

On vous reparle de la finale de Coupe de France 2009 ?

Encore plus avec le « bis repetita » de 2014. C’est un match qu’on avait en main, et le perdre en l’espace de deux minutes… Le problème, apparemment, c’est que ça n’a pas servi de leçon.

Elle vous agaçait, cette étiquette de « loser » accolée au Stade Rennais ?

L’ambition, ça a du bon, et du moins bon. Personnellement, je n’ai jamais été ambitieux. Mais quand on affiche ses ambitions, c’est toujours facile de dire après : « C’est une équipe de losers ». « Loser », c’est un terme de gens jaloux. Pour moi, Rennes est devenu un club comme Saint-Étienne. Être tout le temps 5e, 6e ou 7e, c’est déjà bien. Avant, l’objectif était le maintien. On ne parle plus de ça maintenant, donc on peut dire qu’il y a déjà une progression. Les gens pensent que le Stade Rennais devrait jouer la Ligue des champions tous les ans. Il faut être modéré, quand même… Je pense que Rennes, qui fait en fonction de ses moyens, peut encore attendre cinq ans pour s’affirmer et être un cador du championnat.

François-Henri Pinault avait déclaré ne pas vouloir faire du SRFC « le Chelsea français ». Ce n’est pas un peu frustrant, comme discours ?

Le problème, c’est que Rennes possède l’un des meilleurs centres de formation français. Si un club arrive un jour à être champion avec son centre de formation, ce sera inquiétant pour la Ligue 1.

« Antonetti et Courbis ont le même charisme »

Nantes l’a fait par le passé…

Oui, mais c’était plus qualitatif. Aujourd’hui, beaucoup de joueurs évoluent un an et disparaissent. Avec les problèmes d’argent, on sort plus de joueurs, alors qu’avant, il y avait plus de qualité, on se trompait moins. À Rennes, il y a des bons jeunes, mais vous ne pouvez pas leur demander de tout faire.

L’arrivée récente d’un « personnage » comme Rolland Courbis, ça vous a surpris ?

Non, puisqu’on a eu Frédéric Antonetti. Ils ont le même charisme. Le souci pour Antonetti, c’est que tout le monde était content à son arrivée, et puis, au fur et à mesure, ça agaçait les gens. Quand il y avait un coup de moins bien, j’entendais : « Ça jouait mieux avant ». Ça, pour critiquer le jeu… Le charisme, certes, ne fait pas tout, mais je pense que Courbis est la bonne solution pour Rennes.

Vous êtes le dernier Rennais à avoir remporté le Trophée UNFP de joueur du mois en Ligue 1 (octobre 2007). Que pensez-vous de votre éventuel successeur, Ousmane Dembélé (nommé pour mars 2016) ?

Déjà, je ne pensais pas le gagner, car j’étais en concurrence avec Karim Benzema et Hatem Ben Arfa. Dembélé, lui, risque de l’avoir. Je n’aime pas valoriser des joueurs, mais il est vraiment hors-norme. On va être clair : on n’a jamais vu ça à Rennes. J’ai l’impression de revoir Ben Arfa quand il était à Lyon. À lui tout seul, il gagnait des matchs, et on le voit encore à Nice. Dembélé est de la même trempe. Pour moi, au même âge, il est plus fort qu’Eden Hazard.