Rennes Volley 35: «Alain Fabiani voulait me casser la figure», se souvient Jacky Sourget

INTERVIEW Avant la finale de la Coupe de France, le légendaire speaker rennais rappelle qu'il n'est pas toujours apprécié des équipes adverses...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Jacky Sourget (en blanc) et les joueurs rennais au moment du clapping de la victoire.
Jacky Sourget (en blanc) et les joueurs rennais au moment du clapping de la victoire. — C. Peoc'h / Rennes Volley 35

Titré en 2012, le Rennes Volley 35 (Ligue B) défiera le GFC Ajaccio (Ligue A) en finale de la Coupe de France, dimanche (20 h 30, en direct sur L’Équipe 21). Un rendez-vous que ne manquera évidemment pas Jacky Sourget, le speaker historique du club bretillien. Dont le rôle de 7e homme ne plaît pas à tout le monde…

Comment vous sentez-vous avant ce grand événement ?

En pleine forme ! On va faire comprendre aux joueurs qu’on est là, car comme à domicile contre Sète [en demi-finale], chaque point sera important. On va les pousser vers la victoire.

À défaut d’être présent sur le parquet avec votre micro, vous devriez cette fois avoir un mégaphone pour haranguer les nombreux supporters bretons attendus…

Un peu comme ce qui s’était passé face à Sète, où je m’étais caché dans les tribunes…

C’est-à-dire ?

Deux heures avant le match, je vois les Sétois autour de la table de marque, où est habituellement posé mon micro. Je dis bonjour à tout le monde dans les bureaux, je finis mes notes, puis je reviens dans la salle. Et là, plus de micro. On l’a cherché partout avec le concierge, et on l’a seulement retrouvé le lendemain… dans le vestiaire visiteurs. Comme l’ont confirmé les joueurs de Sète auprès des Rennais, c’est Patrick Duflos [l’entraîneur de la formation héraultaise] qui l’avait pris.

On a été vous chercher en urgence un autre micro, et vous étiez ainsi paré à un quart d’heure du début de la rencontre…

Dès que Duflos a vu que j’en avais un, il a été voir l’arbitre, qui m’a ensuite rapporté ses propos : « Il faut un speaker officiel, donc sans encouragement ». Thibault Mativet [le président rennais] et le club m’ont alors dégagé un supporter en tribunes (sic), et j’ai pu commenter le match.

Quelle fut la réaction du coach adverse ?

Au départ, il ne me voyait pas. Mais le lendemain, dans la presse, on pouvait lire : « Avec le speaker de Rennes, c’est toujours la même chose. On perd, alors que normalement, il n’y a pas le droit de faire ça. Mais l’arbitre ne dit rien. » En fait, il devrait y avoir deux sonos. Une officielle, où l’arbitre prononce sans encouragement le point pour l’une ou l’autre équipe, puis les prénom et nom du serveur. Et une deuxième, avec d’autres haut-parleurs, pour les encouragements.

Vous avez en tout cas un certain passif…

Je me suis fait expulser trois ou quatre fois sur recommandation du camp adverse, mais que ce soit au volley ou au hand [Jacky Sourget officie également à Cesson], les arbitres me connaissent depuis bientôt 30 ans. Ils me laissent donc faire, parce que j’exhorte le public à coups de chansons, pas d’injures. Bien sûr, il y a des moments cruciaux où je vais insister, de sorte que les adversaires aient la pression et puissent faire des fautes. Je peux jouer là-dessus, tout en restant correct.

Vous estimez avoir une part de responsabilité quand Rennes l’emporte ?

Disons qu’il faut absolument que je sois là. Une fois, les dirigeants sont à venus à quatre pour me donner des médicaments, alors que j’avais la grippe. Je suis finalement venu, mais j’étais mort. Effectivement, je peux être décisif dans les moments chauds. Lors de la demi-finale, j’ai commencé à dire « On est à Paris ! On est à Paris ! » à 14-12 dans le tie-break, service Sète. Et le joueur l’a mis dehors… Il y a plein de petites phrases qui vont booster les Rennais, et de l’autre côté, ça va les tétaniser. Je me rappelle d’Alain Fabiani [légende du volley français], il voulait me casser la figure. Heureusement qu’on l’a retenu…

Après avoir éliminé le leader de Ligue A en demie, et malgré la division d’écart avec Ajaccio, vous pensez que le Rennes Volley 35 part favori, dimanche soir ?

Oui, car on dit qu’on a le meilleur passeur du championnat de France [l’Estonien Kert Toobal], Ligue A et Ligue B confondues. Toutes les équipes sont jalouses de notre trio de centraux [Rodney Ah-Kong, Gérald Hardy-Dessources, Marc Zopie]. Je ne parle même pas des attaquants-réceptionneurs ou du pointu Arvydas Mišeikis, de plus en plus en forme. Quant au libero, Gregory Berrios, outre son talent, on n’a jamais vu un mec aussi gentil. Tout ça fait que les joueurs sont hyper soudés. Sur le papier, par rapport à ces qualités et cette ambiance dans le groupe, on devrait gagner.

Et donc réaliser le doublé Coupe-championnat…

Un match reste un match, il ne faut pas être présomptueux. Mais avec 20 points d’avance en championnat [18 en réalité], je ne vois pas qui pourrait nous battre pour la montée. Il faudra cependant faire attention en play-off. Sur un match, tout est possible. On l’a vu avec Sète, qui devait normalement nous battre. Mais on a gagné contre eux…