VIDEO. Rennes: 22 ans après l’incendie du Parlement de Bretagne, les images brûlent encore

HISTOIRE Plusieurs photographes ont immortalisé le sinistre en 1994…

Camille Allain
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Le toit du Parlement de Bretagne entièrement embrasé, ici dans la nuit du 4 au 5 février 1994 à Rennes.
Le toit du Parlement de Bretagne entièrement embrasé, ici dans la nuit du 4 au 5 février 1994 à Rennes. — D. Levasseur / Archives de Rennes, 2193 W

C’était une époque où le téléphone portable n’était pas dans toutes les poches. Une époque où Facebook, Twitter, Instagram ou Snapshat n’avaient pas été inventés. Une époque où pour publier une photo, il fallait avant tout la faire développer. Nous sommes le vendredi 4 février 1994 et Rennes vit l’une des journées les plus sombres de son histoire moderne. Après une journée électrique de manifestation des marins-pêcheurs, le Parlement de Bretagne s’embrase.

Le bâtiment sera défiguré par les flammes et l’eau, sous l’œil de centaines de curieux et de quelques photographes. Vingt-deux ans après le drame, quelques clichés de l’incendie ont été ressortis des cartons pour plusieurs expositions. « Quand je suis arrivé, ils dépliaient la grande échelle », se souvient Jacques Gouery.

« On pouvait sentir la chaleur depuis les jardins »

Le pompier vivait alors à la caserne Saint-Georges, tout près de là, et avait pour mission de faire des photos et vidéos des interventions marquantes. Plus de vingt ans après, les souvenirs sont intacts. « Au départ, je ne pensais pas que le feu ferait tout le tour du bâtiment. Je savais que ce ne serait pas évident à traiter, mais je n’imaginais pas ça. On pouvait sentir la chaleur depuis les jardins devant le Parlement », raconte le pompier, toujours en poste aujourd’hui.

Le maire de Rennes de l'époque Edmond Hervé dans les décombres du Parlement de Bretagne, après l'incendie de février 1994 à Rennes.
Le maire de Rennes de l'époque Edmond Hervé dans les décombres du Parlement de Bretagne, après l'incendie de février 1994 à Rennes. - D. Levasseur / Archives de Rennes, 2193 W

Toute la journée, les photographes avaient déjà été mobilisés sur la venue d’Edouard Balladur, alors Premier ministre, puis sur les affrontements entre pêcheurs et forces de l’ordre. « C’était d’une extrême violence. Même mai 68, ce n’était pas aussi violent », se souvient Dominique Levasseur.

Après sa très longue journée à suivre le conflit, le photographe de la ville était rentré chez lui en fin de journée, avant d’être réveillé en pleine nuit par la sonnerie du téléphone. « C’était une collègue qui habitait à côté du Parlement qui m’a dit de venir. Quand je suis arrivé, les gens étaient prostrés, presque ébahis. Il y avait un certain silence qui régnait », se souvient celui qui expose actuellement dans la galerie de l’Opéra.

Il y restera toute la nuit, avant de rentrer dans la matinée pour « prendre un café et se changer ». Et retourner au plus près du brasier. « Je ne pensais à rien d’autre qu’au boulot, à ramener des images du feu ». Cette nuit-là, il ramènera des pellicules complètes, prises avec ses deux boîtiers Canon et ses deux Leica.

Il croisera notamment le célèbre photographe rennais Richard Dumas. « J’habitais juste à côté. Mais je n’ai rien entendu dans la nuit, ni rien senti ! », explique le photographe, qui expose une dizaine de clichés pris le matin du drame. C’est en allant chercher des croissants le matin qu’il découvre le sinistre. « J’ai vu le trou et la fumée. Je me suis précipité à la maison chercher mon Rolleiflex et ma carte de presse Libération, et j’ai erré dans les décombres et sur les trottoirs alentour toute la matinée », explique Richard Dumas. De nombreux badauds avaient fait de même, frappés par l’ampleur du sinistre.