Ligue 1: Pourquoi le Stade Rennais n'a-t-il jamais réussi à former un véritable n°9?

FOOTBALL À l'heure où l'équipe première éprouve les pires difficultés à marquer un but...

Jeremy Goujon

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Moussa Sow (au centre), formé à Rennes, mais meilleur buteur du championnat avec Lille...
Moussa Sow (au centre), formé à Rennes, mais meilleur buteur du championnat avec Lille... — D. Vincent / AP / Sipa

Erik van den Boogaard, François Omam-Biyik, Marco Grassi, Stéphane Guivarc’h, Shabani Nonda, Alexander Frei… Depuis 1987, et le développement de son centre de formation, les grands buteurs n’ont pas manqué au Stade Rennais. Problème : aucun desdits goleadors n’est sorti du moule rouge et noir.

Sow laissé à Lille

Sacrée durant six années consécutives par la DTN (de 2006 à 2011), la pépinière bretillienne présente en effet la particularité d’avoir révélé de bons, voire de très bons joueurs, à tous les postes, si ce n’est à celui d’avant-centre.

L’exception qui confirme la règle se nomme Moussa Sow, meilleur buteur de Ligue 1 en 2011 avec… Lille, qui l’avait enrôlé gratuitement (fin de contrat) grâce à un certain Jean-Luc Buisine, responsable de la cellule recrutement. Une fonction que l’intéressé occupe à Rennes depuis juillet 2013…

Journaliste et co-auteur de l’ouvrage Laurent Pokou, un destin de foot, Alain Prioul nous fait remarquer que Jimmy Briand « a toujours été un n°9, même si au SRFC, ils le faisaient jouer le plus souvent sur un côté ». Davantage réputé pour son altruisme que pour ses capacités de « tueur » dans la surface, l’actuel Guingampais souffre de la comparaison avec ses prédécesseurs.

L’ailier Sylvain Wiltord, lui, doit son titre de meilleur canonnier du championnat 1998-1999 autant à son adresse, qu’à son replacement dans l’axe de l’attaque bordelaise par Élie Baup. Briand, Wiltord : deux éléments passés par l’Olympique Lyonnais, la référence en matière d’élaboration d’avants-centres selon Alain Prioul.

Jouer sur une jambe

« Depuis vingt ou trente ans, ils ont toujours formé de très bons attaquants. À Lyon, ils travaillent spécifiquement par poste. Je suppose que d’autres clubs en France opèrent de la sorte, mais à Rennes, je ne suis pas sûr qu’il y ait un entraîneur spécifique pour les attaquants. Il y a eu dernièrement Frédéric Née, mais la mayonnaise n’a pas pris… »

En Ille-et-Vilaine, les lacunes seraient, en fait, à la fois d’ordre technique et culturel. « Ils ne font jamais de feinte de frappe en arrivant devant le gardien, s’étonne par exemple Prioul. En plus, les trois-quarts d’entre eux sont unijambistes (sic). C’est anormal, car quand tu es en pointe, tu dois être capable de tirer des deux pieds sans souci. »

Un manque d’ambidextrie peut-être (sans doute) relatif, également, au profil du coach de l’équipe première. Hormis Vahid Halilhodžić (octobre 2002-2003), aucun entraîneur s’étant assis sur le banc rennais ces trente dernières années ne possède un passé de buteur.

Pour ne citer que les techniciens de l’ère Pinault, on dénombre ainsi deux « gardiens » (Philippe Bergeroo, Philippe Montanier), deux « défenseurs » (Pierre Dréossi, Rolland Courbis) et cinq « milieux de terrains » (Paul Le Guen, Christian Gourcuff, László Bölöni, Guy Lacombe et Frédéric Antonetti).

Être aux petits soins

Directeur de l’Académie Rouge et Noir, mentor de plusieurs générations dorées du SRFC entre 1992 et 2007, Landry Chauvin voit la situation sous un autre angle. Le formateur, interrogé par 20 Minutes, précise d’abord, comme pour répondre (involontairement) au précédent interlocuteur, qu’« [on] fait des séances spécifiques au sein du centre. Chaque mardi, mercredi et jeudi, un éducateur s’occupe spécifiquement d’un poste, sur cinq tranches d’âge. Ils sont cinq-six dans chaque catégorie à en bénéficier. »

Le Mayennais énumère ensuite son « palmarès » : « On a sorti des attaquants : Wiltord, Briand, Sow, Jirès Kembo-Ekoko, Lhadji Badiane - meilleur buteur de CFA tous groupes confondus quand on est champions de France des réserves [2007]. Après, j’essaye de comparer avec des garçons d’ailleurs. Aujourd’hui, Alexandre Lacazette fait partie des meilleurs buteurs de L1, mais il n’a jamais démarré dans l’axe. Anthony Martial a démarré sur un côté, y compris à Monaco. On sait que les attaquants ne démarreront que très rarement à leur poste de prédilection [cf. aussi Thierry Henry], parce qu’on dit qu’il faut de l’expérience pour être n°9. Il faut donc toujours rester prudent. Pour moi, un attaquant doit être choyé, chouchouté… Je ne dis pas qu’il faut tout lui accorder, mais la confiance joue un rôle tellement important. C’est un poste à part. »

La relève existe

Aux clubs d’établir par la suite la stratégie la plus viable vis-à-vis de ce particularisme, même s’ils n’ont parfois pas le choix. « Si Nantes n’a pas de problèmes d’argent, je ne suis pas sûr que les Loko, Ouédec, Pedros et compagnie sortent. Idem pour tous les Gones actuels à Lyon », mentionne Chauvin. Lequel préconise cependant la signature de contrats longue durée pour les pépites offensives, « car tu sais que l’attaquant ne sera pas mature de suite, à moins de s’appeler Wayne Rooney ».

À voir, dès lors, si le Stade Rennais consent à jouer la carte de la patience avec les Antoine Héquet, Alan Kérouédan et autre Timothé Nkada, autant d’espoirs ayant la gueule de l’emploi. « Quand on marque plein de buts chez les jeunes, on en marquera après, assure Landry Chauvin. Mais outre la question de temps, cela dépend aussi de l’animation offensive de l’équipe. C’est une donnée indispensable. »