Attentats à «Charlie Hebdo»: Les hommages des Rennais visibles dans le monde entier

HOMMAGE Une sélection de documents sera mise en ligne ce jeudi sur le site des archives…

Camille Allain
— 
Habituées aux documents papiers, les archives ont collecté quelques objets après les attentats à Charlie Hebdo.
Habituées aux documents papiers, les archives ont collecté quelques objets après les attentats à Charlie Hebdo. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Il est 18h ce 7 janvier 2015. La place de la Mairie à Rennes est noire de monde. La foule, silencieuse, rend hommage aux victimes des attaques terroristes qui ont frappé la rédaction de Charlie Hebdo quelques heures plus tôt. Le soir même, les anonymes se pressent au pied de l’Hôtel de ville pour se recueillir, déposer un message ou un dessin, allumer une bougie. Pendant plusieurs jours, les hommages se multiplient et le parvis de la Mairie déborde.

Piétinés par la foule

Décision est prise le 14 janvier de collecter ces messages et de les confier aux archives municipales. « C’est la maire qui nous l’avait demandé. Avec du recul, je me dis qu’elle a eu raison ». Chargé de la conservation préventive aux archives, Olivier Fiot a participé à la collecte des documents, trempés par la pluie, piétinés par la foule. « Sur le coup, je n’ai pas ressenti d’émotion particulière. Je faisais mon travail ».

Les archives de Rennes ont collecté 650 messages et objets après les attentats à Charlie Hebdo. - C. Allain/APEI/20 Minutes

 

Avec l’équipe des archives, il met tous les ouvrages à l’abri. « Je passais tous les jours pour voir si la moisissure ne se développait pas. Je retournais les dessins, les messages », se souvient Olivier Fiot. Un travail atypique pour les archivistes, plus habitués à restaurer des documents du XVe siècle que des feuilles gribouillées. « Ce sont des supports fragiles. Il y a des papiers très chimiques, des encres différentes. On ne sait pas comment ils vont tenir dans le temps », poursuit Olivier Fiot.

Près de 650 documents restaurés

Un an plus tard, le travail d’inventaire est achevé et 650 documents ont pu être sauvés avant d’être numérisés. « Beaucoup de dessins, de messages, de « Je suis Charlie » mais aussi des affiches, des photos des journaux, des bougies, quelques peluches. On a même retrouvé une plaquette d’anxiolytiques mais on l’a jetée », rapporte Romain Joulia, directeur des archives municipales. En comparaison, à peine 200 documents ont pu être sauvés après les attentats du 13 novembre.

Un doudou a été laissé en hommage aux victimes des attentats à Charlie Hebdo. Ici aux archives à Rennes. - C. Allain/APEI/20 Minutes

 

Ce jeudi, une sélection d’une centaine de documents sera mise en ligne sur le site Internet des archives, un an jour pour jour après la tragédie. L’ensemble des hommages sera même disponible d’ici peu sur le site de la célèbre université de Harvard, qui s’est penchée sur la question et a demandé à recevoir tous les documents. « C’est un événement majeur. On se doit de transmettre cette page de notre histoire », analyse Romain Joulia. Les scientifiques se penchent déjà sur l’analyse de ces messages pour tenter de comprendre le comportement de l’homme face à une telle tragédie.

Au milieu des 10 kilomètres d’archives, les hommages à Charlie ne représentent qu’une trentaine de boîtes. Mais une chose est sûre : aucun autre classeur ne comporte autant d’auteurs différents. Tous anonymes, et parfois hauts comme trois pommes. A noter que tous les originaux sont consultables gratuitement aux archives.