Bretagne: Le phare maudit de Tévennec refuse de se laisser approcher

PATRIMOINE Un homme doit passer 60 jours sur le caillou au large du Finistère…

Camille Allain

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Le phare de Tévennec dans la tempête, au large du Finistère.
Le phare de Tévennec dans la tempête, au large du Finistère. — Charles Marion

Cela fait plus de 105 ans que personne n’a passé la nuit sur le phare de Tévennec. Alors quand un homme, aussi entêté qu’il soit, décide de venir y séjourner 60 jours consécutifs, le bout de caillou se rebelle et fait jouer les éléments pour éviter de se faire approcher. « Il y a trop de mer, on ne peut pas accoster ni débarquer le matériel », explique Marc Pointud.

Le président de la Société nationale des phares et balises devait normalement passer les mois d’octobre et de novembre sur le caillou, situé à cinq kilomètres au large des côtes escarpées de la pointe du Raz dans le Finistère. Un séjour de soixante jours et soixante nuits, censé faire la lumière sur ce phare, automatisé en 1910, et dont l’état de dégradation inquiète les bénévoles de l’association.

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« L’impatience est toujours là. Mais il y a des creux de trois à quatre mètres tous les jours donc on ne peut pas débarquer avec notre zodiac », poursuit Marc Pointud, qui préfère philosopher en attendant d’embarquer. « Avant l’arrivée des hélicoptères, les gardiens de phare devaient parfois attendre des jours et des jours avant d’être rapatriés. On a vu des gens rester plus de 100 jours sans être relevés. A la fin, il ne leur restait plus grand-chose à manger », raconte Marc Pointud.

Têtu comme un Breton, l’homme a décidé de trouver une solution de repli pour accoster sur son rocher. « Nous avons sollicité un hélicoptère auprès de la SNCM et de la Marine mais ça n’était pas possible. On a donc sollicité une entreprise possédant un plus gros bateau doté d’une grue de levage ». Les bénévoles de l’association pourront ainsi débarquer le matériel manquant et leur président avant de l’abandonner à sa solitude. « Ce ne sera pas fait avant Noël. Mais on espère accoster la première quinzaine de janvier ».

« Certains ont perdu la tête »

Réputé maudit, le rocher de Tévennec a déjà englouti des dizaines de bateaux qui s’étaient égarés à cet endroit où le mot tempête prend tout son sens. Après avoir rendu fou les marins, le caillou où a été construit le phare a aussi torturé l’esprit des gardiens.


Répertorié comme maison-feu, le bâtiment ne bénéficie pas de la hauteur et de la robustesse de ses voisins bretons d’Ar-Men, des Pierres Noires ou de la Jument. Posée sur un caillou creux qui fait résonner les vagues, cette maison paraît bien frêle face à la force de la mer. D’autant qu’ici, jamais le gardien n’était relevé et vivait donc sur place toute l’année. « Certains en ont perdu la tête », explique Marc Pointud. Voici pourquoi Tévennec fut l’un des premiers phares automatisés.