Ligue 1: «Je ne vais pas non plus taper sur les joueurs pros», déclare l'ex-arbitre Éric Poulat

INTERVIEW Le conseiller technique en arbitrage à la Ligue de Bretagne commente le récent pétage de plomb du Rennais Sylvain Armand...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Éric Poulat à l'amorce du dernier match de sa carrière, Dijon-Lens, le 29 mai 2009.
Éric Poulat à l'amorce du dernier match de sa carrière, Dijon-Lens, le 29 mai 2009. — É. Pol / Sipa

Ancien arbitre international, Éric Poulat n’a pas vu les images de la grosse colère de Sylvain Armand, dimanche soir à Saint-Étienne. Le conseiller technique régional à la Ligue de Bretagne réagit toutefois aux paroles virulentes du défenseur du Stade Rennais, après en avoir eu connaissance.

Ce coup de gueule vous interpelle-t-il ?

On peut comprendre les réactions épidermiques, mais seulement dans une certaine mesure. Si cela devient trop excessif en termes de comportement ou au niveau verbal, c’est inadmissible. Un joueur professionnel doit rester dans la retenue par rapport à une décision arbitrale.

Sylvain Armand a notamment déclaré : « C’est toujours nous qui trinquons. Les arbitres, eux, ne sont jamais suspendus »

C’est un avis très restrictif de ce joueur. Il faut savoir qu’il y a des observateurs sur les matchs de Ligue 1, et lorsque des constats manifestes de carence sont établis, les arbitres sont bien évidemment sanctionnés au niveau de leur classement. Ils peuvent être rétrogradés en fin de saison. Il est donc tout à fait erroné de tenir ce genre de propos.

Le joueur risque jusqu’à quatre matchs de suspension ferme. Cette éventuelle sanction vous paraît-elle juste ?

Des barèmes sont préétablis par la Commission de discipline ou d’appel, par rapport aux dérives comportementales des joueurs. A minima, on doit être effectivement sur du deux ou quatre matchs. Ce qui me choque toujours, c’est que les sanctions sont systématiquement amoindries pour les joueurs professionnels, alors qu’ils ont un rôle pédagogique. Ce sont des vitrines pour le monde amateur, et si on arrive à tolérer des excès trop importants, ça va nous mettre en péril d’une façon ou d’une autre. Il faut que les pros restent exemplaires en la matière. Mais je ne vais pas non plus taper sur eux. Je sais que c’est leur gagne-pain, donc on ne peut pas toujours les accuser de tous les maux.

Vous aviez eu à faire à ce genre de « réaction épidermique », à votre époque (1994-2009) ?

C’est arrivé, mais de façon exceptionnelle. Ce qui est dommageable, c’est qu’on se rappelle toujours de circonstances aggravantes comme celle-ci [le cas Armand], mais on oublie qu’on a eu quatre ou cinq penaltys depuis le début de saison, et qu’on a été incapable de les mettre au fond. On peut aussi avoir ses propres responsabilités dans le déclin des résultats [Rennes n’a remporté qu’un seul de ses douze derniers matchs de L1].

Les arbitres d’élite « méritent-ils » d’être mieux rémunérés, comme ils le réclament ?

Aujourd’hui, les exigences sont certainement plus accrues qu’à mon époque. Nous, on avait la possibilité de conserver un emploi en parallèle. Là, je suppose qu’en termes de préparation physique, de récupération ou de stages en tout genre, les arbitres sont davantage sollicités. De ce fait, la plupart d’entre eux sont obligés d’abandonner leur carrière professionnelle de base. D’où leur souhait d’une contrepartie financière.