Bretagne: Pourquoi le projet de centrale à gaz de Landivisiau pose problème?

ENERGIE Une grande manifestation est annoncée samedi dans le Finistère…

Camille Allain

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Le visuel du projet de la centrale à gaz de Landivisiau, dans le Finistère.
Le visuel du projet de la centrale à gaz de Landivisiau, dans le Finistère. — DR

A quelques semaines de la COP21 à Paris, les associations misent beaucoup sur la manifestation de samedi organisée à Landivisiau (Finistère) contre le projet de centrale à gaz. Mené par Direct Energie et soutenu par l’Etat et la région, ce projet d’usine a pour but de sécuriser l’approvisionnement électrique de la Bretagne. Problème : de nombreux citoyens s’opposent à cette centrale jugée « inutile » et « polluante ». Voici pourquoi.

La dépendance électrique

La région Bretagne produit moins de 15 % de l’énergie qu’elle consomme. Comme en PACA, on craint depuis des années un black-out total lors des périodes de grand froid notamment. De nombreuses mesures compilées dans le pacte électrique breton doivent répondre à cette tension. La centrale à gaz de Landivisiau en fait partie. « C’est une vaste fumisterie. Le seul black-out que je connaisse, c’est quand un arbre tombe sur une ligne. Mais ça, ça n’a rien à voir avec la production », assure Jackez Boderiou, membre du collectif « Landivisiau doit dire non à la centrale ».

Le couac du raccordement à l’Irlande

Un temps évoqué, le raccordement de la Bretagne à un parc éolien irlandais avait été balayé d’une main par le préfet, qui avait demandé à RTE (Réseau transport électricité) de stopper son étude. Patrick Strzoda expliquait alors vouloir « éviter qu’il y ait un télescopage entre les deux projets [Landivisiau et l’Irlande] qui sème la confusion dans l’esprit des gens ». Le conseiller régional à l’Ecologie Dominique Ramard avait également assuré « qu’il fallait que le projet se fasse ».

Les émissions de CO2

Si les centrales à gaz sont jugées plus propres que celles à charbon (elles émettent moitié moins de dioxyde de carbone), elles demeurent néanmoins émettrices de CO2. Sur le site de Landivisiau, une réinjection dans le réseau de chaleur local est envisagée et l’exploitant s’est engagé à limiter au maximum les rejets. Insuffisant pour calmer les associations locales. « Les objectifs de la COP21, c’est de baisser les émissions de CO2. Et là on veut les augmenter ! On va avoir une accumulation de pollution », tacle Jackez Boderiou.

Le projet avait pourtant reçu le soutien de la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal. « Oui la centrale émettra des gaz à effets de serre. Mais moins que la centrale de Cordemais ou les turbines à combustion du Finistère qui arrivent en fin de vie », commente Dominique Ramard.

Le coût du projet

Là aussi, la facture fait grincer des dents. L’Etat versera chaque année 40 millions d’euros pour accompagner les investissements et les frais d’exploitation. La convention a été signée pour 25 ans, soit un montant estimé à un milliard d’euros.

Le futur Sivens ? 

Si l’exploitant Direct Energie espère démarrer les travaux en 2016, il devra attendre la fin des recours en justice lancés par les associations. Si la mobilisation est d’ampleur, les opposants pourraient ralentir le lancement du projet, fermement défendu par la préfecture, la région et certains élus locaux. Et si Landivisiau devenait le futur Sivens ou Notre-Dame-des-Landes ? « Je ne le souhaite pas car il y a eu des drames. Mais franchement, ce projet ne tient que parce qu’il y a de l’argent en jeu », tacle le collectif « Landivisiau doit dire non à la centrale ».