Rennes: La prison des femmes accueille son premier concours de cuisine

GASTRONOMIE Neuf détenues vont concourir dans le cadre de la Fête de la gastronomie…

Camille Allain

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illustration d'un atelier de cuisine, ici à la prison de Rennes Vezin.
illustration d'un atelier de cuisine, ici à la prison de Rennes Vezin. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Dans l’histoire de la prison des femmes de Rennes, la journée de vendredi restera à jamais comme une première. Car pour la première fois, le centre de détention accueillera un concours culinaire. Organisé dans le cadre de la Fête de la gastronomie, il opposera neuf détenues sélectionnées pour leur motivation. « Ce concours, c’est avant tout une invitation à cuisiner. Pour les candidates mais aussi pour toutes les autres », résume Jacques Henrio.

Elu meilleur ouvrier de France en 1986, ce charcutier réputé a animé en avril un atelier sur les métiers de bouche à la prison des femmes. Il en est ressorti très ému. « Il y a un mot qui revenait tout le temps, c’était le partage. On voyait que ces femmes avaient à cœur d’échanger leurs recettes, leurs techniques et leur culture », poursuit Jacques Henrio. La prison des femmes et sa cinquantaine de nationalités se présentent sans doute comme l’une des plus grandes cuisines du monde.

« Leur montrer qu’on peut relever la tête »

Vendredi, les neuf candidates n’auront qu’un élément imposé : le poulet. Pour le reste, elles seront libres. « Ce que l’on souhaite, c’est qu’elles puissent reproduire leur recette à l’avenir, même en détention », détaille Catherine Séhédic. Responsable de la cuisine centrale de la prison depuis quatorze ans, c’est elle qui a eu cette idée de concours. « Nous voulons les inciter à se dépasser, leur montrer qu’à tout moment de la vie, on peut relever la tête. »

Face au jury, les candidates auront à cœur de briller, d’autant que les conditions seront les mêmes que lors d’un concours classique. « Certaines sont stressées, elles ont du mal à dormir. C’est du sérieux ce concours. Le jury ne se parlera pas », promet Jacques Henrio, qui a fait venir des chefs officiant dans des ministères et d’autres meilleurs ouvriers de France pour l’occasion.

« Sortir de sa cellule, être occupée, c’est important »

Pour l’administration pénitentiaire, ce concours est d’abord l’occasion d’inviter les détenues à cuisiner, dans un milieu où l’obésité est problématique. A la prison des femmes, 660 repas sont ainsi servis trois fois par jour aux 220 détenues. Certaines s’en contentent, mais d’autres préfèrent préparer elle-même leur repas, avec les ingrédients achetés à la cantine, sorte de mini-marché du milieu carcéral. « Pour les femmes, c’est particulier. La plupart sont mères de famille. Elles avaient l’habitude de faire à manger à leurs enfants. Il y a beaucoup d’émotions qui ressurgissent », poursuit-elle.

L’occasion, aussi, de passer le temps. « Le temps est une variable très particulière en détention. Le fait de sortir de sa cellule, d’être occupé, c’est important », conclut Catherine Séhédic.