Infanticide à Saint-Malo: La mère a tué sa fille handicapée «par amour»

JUSTICE La femme est jugée pour avoir étranglé sa fille et tenté de mettre fin à ses jours...

Camille Allain

— 

L'avocat Eric Dupont-Moretti lors de son arrivée à la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine le 14 septembre 2015.
L'avocat Eric Dupont-Moretti lors de son arrivée à la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine le 14 septembre 2015. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Les faits remontent à août 2010. Appelés, les pompiers interviennent dans une maison du quartier de Rochebonne, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). « Laissez-les partir toutes les deux », leur lance la grand-mère, qui a pourtant appelé les secours. Dans la chambre, les pompiers découvrent sur le lit le corps sans vie d’une petite fille, les mains posées, une croix sur le torse. A ses côtés, sa mère a tenté de se suicider. Mais n’y parviendra pas.

La cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a vu le procès de Laurence Nait Kaoudjt s’ouvrir ce lundi à Rennes. Cette femme, aujourd’hui âgée de 49 ans, est accusée d’avoir étranglé sa fille handicapée à l’aide d’une écharpe en août 2010 à Saint-Malo. La petite Méline avait alors 8 ans. Arrivée libre aux côtés de son avocat Me Dupont-Moretti, la mère s’est longuement exprimée ce matin. « Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour pour Méline », a-t-elle déclaré à la cour.

« La seule chose qu’elle ait dite c’est maman »

Ancienne conseillère du secteur bancaire, Laurence Nait Kaoudjt venait d’emménager à Saint-Malo, où elle avait acheté une maison. « Je suis venu ici tous les étés pendant 16 ans avec mes parents. J’y suis revenue en 2009 une semaine en vacances pour que ma fille voit la mer. Elle avait alors marché toute seule sur la plage pour la première fois », se souvient la mère avec émotion. Un exploit pour la petite fille de 8 ans, handicapée par des lésions au cerveau. « Elle ne parlait pas. La seule chose qu’elle ait dite c’est maman », lâche sa mère.

Depuis la naissance de sa fille, Laurence Nait Kaoudjt l’avait élevée seule, à Paris. « Son père n’est pas une bonne personne. Il m’a battue et Méline a été conçue lors d’un rapport contraint que l’on peut appeler un viol. Je l’ai élevée seule », raconte la prévenue, qui partage son difficile quotidien. « Je passais tout mon temps pour elle. J’ai arrêté de travailler, je ne dormais plus. Seule ma mère s’en occupait le week-end pour que je puisse me reposer », poursuit-elle.

« La maman était en grande souffrance »

Appelée comme témoin, la directrice de l’association d’accueil dans laquelle Méline était prise en charge à Paris confirme. « La maman était en grande souffrance, tout le monde le voyait. Elle n’acceptait pas le handicap. Elle détestait que l’attelle de sa fille dépasse du pantalon par exemple. Elle ne voulait pas que ça se voit mais l’état de sa fille se détériorait », témoigne la directrice. Avant de conclure. « Elle a voulu que le handicap s’arrête dans sa vie. Et comme sa fille ne devenait qu’un handicap… »

L’audience se poursuit jusqu’à mardi.