Les raisons de la colère des agriculteurs bretons

SOCIAL Près de 200 actions ont été menées cette nuit devant des grandes surfaces du grand Ouest… 

Jérôme Gicquel
— 
Des porcelets lâchés par des agriculteurs de la FDSEA au rayon charcuterie d'une grande surface de Rennes, le 7 février 2015, pour protester contre la baisse du prix du porc
Des porcelets lâchés par des agriculteurs de la FDSEA au rayon charcuterie d'une grande surface de Rennes, le 7 février 2015, pour protester contre la baisse du prix du porc — Damien Meyer AFP

Les agriculteurs sont passés à l’action dans la nuit de dimanche à lundi dans le grand Ouest en versant des tonnes de déchets devant des centres commerciaux en Bretagne, en Normandie et dans les Pays de la Loire. Une opération coup de poing contre la grande distribution qui fait suite à d’autres actions menées ces dernières semaines dans la région. 20 Minutes fait le point sur cette crise qui couve dans le monde agricole.

Pourquoi cette colère des agriculteurs ?

L’action simultanée de cette nuit menée devant les grandes surfaces avait pour slogan « Partagez vos marges pour sauver l’élevage ». Les agriculteurs dénoncent la guerre des prix à laquelle se livrent les grandes enseignes de la distribution, et les marges qu’elles réalisent sur leurs produits.

« Il faut qu’il y ait un partage plus équilibré des marges afin que nous puissions continuer à vivre de notre métier. Ce n’est plus possible de descendre encore les prix, on vend même moins cher qu’il y a trente ans », explique Freddy Faucheux, président des Jeunes Agriculteurs (JA) d’Ille-et-Vilaine et producteur de porc à Erbrée.

Quelles sont les filières en crise ?

Si les éleveurs de porcs se sont fait bruyamment entendre ces dernières semaines, les producteurs de lait et de viande bovine ne sont pas beaucoup mieux vernis. « Ce sont ces trois productions animales, très importantes dans la région, qui sont touchées. C’est pour cela qu’il y a une vraie solidarité dans le monde agricole. Tout le monde a envie de continuer son métier mais il faut pour cela être payé au juste prix. Ce ne sont pas des subventions que l’on demande », souligne Freddy Faucheux.

A titre d’exemple, un kilo de porc est actuellement vendu environ 1,31 euro au cadran, le producteur touchant quant à lui 1,46 euro. « Mais le coût de production oscille entre 1,50 et 1,60 euro, ce qui fait que l’on vend à perte depuis le début de l’année », précise le président des JA 35.

Pourquoi les grandes surfaces cristallisent-elles la colère des agriculteurs ?

Soucieuses de proposer à leurs clients les prix les plus compétitifs, les grandes enseignes se sont lancées depuis plusieurs années dans une véritable guerre des prix. « Les clients ne savent même plus le prix des choses. Pour le porc par exemple, les prix peuvent varier de 1 à 10. Il n’y a plus aucun repère », regrette Freddy Faucheux.

Outre une revalorisation de leurs prix, les producteurs de viande réclament aussi un affichage précisant l’origine des viandes, y compris sur les produits transformés. « Les exigences françaises sont telles que nous ne sommes plus compétitifs par rapport aux autres pays. La traçabilité, la sécurité alimentaire, tout cela a un prix ! », insiste le jeune éleveur breton.

Quelles sont les réponses du Gouvernement ?

Chahuté par les éleveurs de porcs début juin dans le Finistère, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé quelques mesures le 12 juin à Ploërmel à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération nationale porcine. Un arrêté a ainsi été publié le matin même, limitant à deux mois par an, en janvier et en septembre, les fortes promotions sur la viande de porc dans les grandes et moyennes surfaces. « C’est une première avancée car les enseignes abusaient vraiment de ces promotions tout au long de l’année », se réjouit Freddy Faucheux.

Stéphane Le Foll a également annoncé que cinq millions d’euros supplémentaires seraient mis à disposition de la Mutualité sociale agricole pour les allégements de charges des éleveurs les plus « fragilisés », une somme qui viendra s’ajouter aux neuf millions déjà attribués à la filière.

Le 17 juin, c’était au tour des producteurs de viande bovine d’être reçus au ministère de l’Agriculture. « Nous avons obtenu un engagement ferme à revaloriser les prix », avait déclaré à l’issue de la réunion Xavier Beulin, président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).