Outreau: Daniel Legrand s’explique sur ses aveux lors de l’instruction

JUSTICE Il s’était à l’époque accusé de viols avant de finalement se rétracter…

Jérôme Gicquel

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Daniel Legrand arrive au tribunal de Rennes, le 1er juin 2015
Daniel Legrand arrive au tribunal de Rennes, le 1er juin 2015 — Damien Meyer AFP

« J’ai fait ces aveux car c’était le seul moyen pour moi de sortir de prison. Le juge Burgaud m’avait fait une promesse mais il ne l’a pas tenue ». Ce mardi matin, Daniel Legrand a été confronté par les avocats de la partie civile aux aveux qu’il avait faits lors de l’instruction de l’affaire d’Outreau, avant de finalement se rétracter.

Arrêté le 14 novembre 2001 en même temps que son père et placé en garde à vue, Daniel Legrand avait ensuite été incarcéré à la maison d’arrêt de Loos deux jours plus tard. « C’est à ce moment là que j’ai commencé à dire n’importe quoi. Comment on pouvait m’accuser moi et mon père ? Je ne comprenais rien », explique-t-il à la barre.

Il affirme avoir été le témoin du meurtre d’une fillette

Après plusieurs interrogatoires et confrontations, il finit par avouer un mois plus tard les faits de viols qui lui sont initialement reprochés, accusant également d’autres personnes dans ce dossier. « Le juge me présentait des photos de personnes que je ne connaissais pas avec son doigt. Et moi j’inventais par rapport à ces personnes qu’il me désignait », poursuit-il. « En m’accusant et en accusant d’autres personnes, je pensais que j’allais être libéré. Moi, je connaissais rien à la justice. Mais j’ai tout inventé car j’étais perdu dans ma tête, j’étais fracassé », assure-t-il.

Dans une lettre envoyée au juge d’instruction, Daniel Legrand affirmait également à l’époque avoir été témoin du meurtre d’une fillette de six ans au cours d’une scène de viol au domicile du couple Delay-Badaoui. Une histoire sordide confirmée par Myriam Badaoui devant le juge d’instruction.

« Quand je mentais, je faisais en sorte de bien mentir »

« Il y a quand même des similitudes entre vos aveux et ceux de Myriam Badaoui ? », l’interroge Maître Reviron, l’un des avocats des enfants Delay. « Myriam Badaoui a du être renseignée sur ma déposition. Et quand j’ai menti à l’époque, je faisais en sorte de bien mentir. Je voulais faire craquer Badaoui en inventant des énormités », reconnaît-il.

L’enquête ouverte à la suite de ces aveux a été close par un non-lieu en 2007, aucune trace d’enfant disparu ni de corps n’ayant été retrouvés. Près de deux mois après « ses aveux » début 2002, Daniel Legrand avait finalement fait volte-face en affirmant avoir menti. « Je n’en pouvais plus d’accuser des innocents comme moi », raconte-t-il.

Le procès, qui doit s’achever vendredi, se poursuit de mardi après-midi avec le témoignage d’autres acquittés d’Outreau.