Outreau: Les acquittés, très éprouvés, craquent devant la cour d'assises

JUSTICE Karine Duchochois, Thierry Dausque, ainsi que Franck et Sandrine Lavier ont témoigné ce lundi au procès de Daniel Legrand...

Camille Allain

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Karine Duchochois à la sortie du tribunal de Rennes, le 1er juin 2015.
Karine Duchochois à la sortie du tribunal de Rennes, le 1er juin 2015. — Damien Meyer AFP

« Je suis arrivée ici en me disant que j’étais forte, que j’avais oublié. Mais c’est intact, c’est ancré dans ma mémoire. » Après une demi-heure à raconter avec aplomb l’affaire d’Outreau et à mettre en cause Myriam Badaoui et le juge Burgaud, Karine Duchochois a fini par craquer. Elle qui n’a pas passé un seul jour en prison et qui « n’avait rien à faire dans la tour du Renard » a fini par verser quelques larmes à la barre de la cour d’assises pour mineurs d’Ille-et-Vilaine.

« Pour moi Outreau, c’est un jeu maléfique »

Depuis le 19 mai, Daniel Legrand fils y est jugé pour des faits prétendus de viols qu’il aurait commis sur les enfants Delay. Disculpé par les condamnés, le fils Legrand l’a également été par cinq des dix acquittés appelés à témoigner. « Il n’a rien à faire là. Pour moi, Outreau, c’est un jeu maléfique entre Myriam Badaoui et le juge Burgaud », a déclaré Karine Duchochois, voisine à l’époque du couple Delay.

A une semaine de son terme, le procès de Daniel Legrand déjà dégonflé

Elegante, pleine de rage, elle s’est même rebellée contre les avocats qui la titillaient. Avant de s’effondrer au moment d’évoquer le sort de son fils. « Il a témoigné devant une cour d’assises le jour de ses 11 ans. Aujourd’hui, il en a 19. Il est détruit. Il voulait témoigner, parler à votre cour. J’ai mis trois ans à le revoir. Aujourd’hui, moi je m’en suis sortie. Mais lui, il n’y arrive pas, il n’a pas de travail, pas de diplôme », a fini par lâcher Karine Duchochois en larmes.

Avant et après elle, d’autres acquittés ont témoigné dans le même sens. « C’était une descente aux enfers. Ma fille aujourd’hui elle est majeure. Mais on me l’a enlevée et elle ne m’est toujours pas rendue », a témoigné Sandrine Lavier, ex-voisine des Delay. Sa fille a d’ailleurs été déclarée victime lors du procès de Saint-Omer en 2004. « Elle était toujours avec moi. Elle n’a jamais été victime », a déclaré sa mère en visioconférence, illustrant un peu plus le scandale de l’affaire.


Grand bonhomme, pas à l’aise, pas bavard, Thierry Dausque ira dans le même sens. « Je me demande ce que je fais là », a-t-il commencé. « Comment avez-vous vécu cette histoire ? », a demandé le président de la cour. « Mal », a-t-il répondu sobrement. Pas beaucoup plus bavard, Franck Lavier a également confié son calvaire. « Tous les soirs quand je me couche, je pense à l’affaire. Ma femme c’est pareil », a-t-il souligné. Condamné pour des violences sur ses enfants en 2011, Franck Lavier a lui aussi craqué, en larmes. « Mes enfants n’avaient pas de repères. Le petit, il avait 9 mois quand on nous l’a pris. J’ai payé cher, mais aujourd’hui mon fils est capable de m’envoyer bouler. Je suis un père normal. »

Le procès, qui doit s’achever vendredi, se poursuit mardi avec la suite de l’audition de Daniel Legrand fils. Les autres acquittés d’Outreau seront ensuite appelés à témoigner.