Procès d'Outreau: Daniel Legrand, un garçon «timide» et aujourd'hui «fracassé»

JUSTICE Acquitté en 2005, le jeune homme est rejugé devant la cour d’assises des mineurs de Rennes…

Camille Allain

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Daniel Legrand et sa mère le 19 mai 2015 à la cour d'assises de Rennes.
Daniel Legrand et sa mère le 19 mai 2015 à la cour d'assises de Rennes. — DAMIEN MEYER AFP

Le très médiatique acte 3 du procès d’Outreau s’est ouvert mardi devant la cour d’assises des mineurs d’Ille-et-Vilaine à Rennes. Blanchi en 2005 des accusations qui lui étaient imputées en tant qu’adulte majeur, Daniel Legrand fils, le plus jeune des acquittés, est jugé pour des agressions sexuelles et viols qu’il aurait commis alors qu’il était mineur sur les enfants Delay. Les parents des victimes ont eux été condamnés en 2004 à quinze et vingt ans de réclusion.

Avant d’entendre les victimes, dont deux sont présentes à l’audience, la cour s’est attardée sur la personnalité de Daniel Legrand. « Mon enfance, elle a été heureuse. Mon père travaillait toute la journée et le soir quand il rentrait, il regardait la télé ou faisait du jardinage. Moi, je jouais au football avec les copains. A l’époque, c’était football, football, football », explique Daniel Legrand. Cette phrase, il la répétera de nombreuses fois. « J’ai arrêté l’école à 16 ans pour le foot. Mon père, il était pas trop pour, car lui travaillait tout le temps. Le boulot, c’était toute sa vie. »

Décédé en 2012 à 59 ans, Daniel Legrand père a également fait partie des accusés d’Outreau, avant d’être acquitté. Une mise en cause que son fils n’a pas jamais digéré. « Cette histoire l’a tué. Ils l’ont envoyé en taule à Paris, loin de sa famille. Moi, j’arrivais pas à supporter ça », explique Daniel Legrand, qui était alors incarcéré à Loos, près de Lille (Nord). Le prévenu porte aujourd’hui une larme, tatouée sous son œil en mémoire de son père. « Mes parents étaient des gens droits. On n’a jamais manqué de rien. » Pendant les mois précédents leur interpellation, la situation de la famille s’était pourtant tendue, avec l’expulsion de leur maison. « On dormait dans la bagnole avec mon père avant d’aller bosser. C’était difficile », reconnaît-il.

Des altercations en marge du procès

Né à Boulogne-sur-Mer en 1981, Daniel Legrand n’a jamais quitté sa région, ni même son village de Wimereux où il a toujours vécu. « Outreau, je n’ai mis les pieds que sur leur terrain de foot. C’est à 15 kilomètres de chez moi, je ne vois pas pourquoi j’irais là-bas. » Décrit comme « timide » lorsqu’il était plus jeune, le prévenu, aujourd’hui âgé de 33 ans, avoue qu’il « ne pensait pas aux filles ». Il a fini par en rencontrer une en 2006, quelques mois après son acquittement. « Le coup de foudre, le soir de la finale de la Coupe du monde ». Daniel Legrand achètera alors une maison où le couple élèvera son enfant après en avoir perdu un mort-né. Il touchera à la drogue aussi, et aux médicaments surtout.

Trois semaines de procès

Aujourd’hui séparé et retourné chez sa mère, Daniel Legrand avoue avoir « été brisé » par cette affaire. Son avocat, Me Berton, le décrit même comme « fracassé ». « Je ne joue plus au foot. Je ne sais pas ce que je fous là. Je ne connais pas ces personnes », lance-t-il en direction des parties civiles. Mercredi, ce seront à leur tour d’être entendues. Le procès doit durer trois semaines.