Stade Rennais: Le jour où Jean-Christophe Cano s'est jeté «comme un mort de faim» pour faire monter le SRFC

Interview L'ancien footballeur avait été le héros des Rouge et Noir, il y a vingt-cinq ans...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Jean-Christophe Cano, interviewé dans le vestiaire par TV Rennes après son but historique à Lorient, en mai 1990.
Jean-Christophe Cano, interviewé dans le vestiaire par TV Rennes après son but historique à Lorient, en mai 1990. — Capture d'écran / 20 Minutes

Au départ, Jean-Christophe Cano n’était pas très chaud à l'idée d'évoquer son but mythique de la tête, inscrit au bout de l’ultime journée de D2 (groupe B) à Lorient, le 5 mai 1990, et synonyme de remontée en D1 pour le Stade Rennais.

L’ancien défenseur-milieu de terrain, devenu agent de joueurs, regrette toujours de ne pas avoir été convié au centenaire du SRFC, en 2001. Mais le conseiller de Paul-Georges Ntep, preuve que sa rancœur envers le club rouge et noir n’est pas aussi tenace, a finalement accepté la demande de 20 Minutes. «Allez, on le fait !»

On joue les tout derniers instants au Moustoir, Rennes mène 1-0, mais doit encore marquer pour retrouver la première division…

Juste avant mon but, j’ai une putain d’occasion (sic). Aujourd’hui encore, avec les images, je me demande où est passé le ballon. Quand je l’ai vu ensuite monter [cf. video], je me suis jeté dessus comme un mort de faim… que je suis toujours, d’ailleurs. Je n’ai pas changé (sourire).

Le banc vous informait de l’évolution du score entre Angers et Valenciennes (0-1 à l’arrivée), qui pouvait également finir 1er de la poule [avant la dernière journée, VA et Rennes étaient à égalité parfaite au niveau des points et à la différence de buts, les Nordistes n’ayant l’avantage que grâce à un plus grand nombre de buts marqués]…

On a su qu’il fallait absolument gagner par plus d’un but d’écart. Il restait quelques secondes, donc on a joué notre va-tout. On apprend que le match à Angers est terminé, et que les Valenciennois font un tour d’honneur pour fêter leur accession. Quand on marque à la dernière seconde, on sait qu’on y est. Ça a été l’explosion…

Par la même occasion, Lorient descendait. Avec la notion de derby, tous les ingrédients étaient donc réunis. Même le meilleur des scénaristes n’aurait pu imaginer une telle situation. C’était unique, d’autant que je revenais de blessure.

«De la route de Lorient jusqu’à la place de la Mairie, on était escortés, il y avait un monde, c’était formidable»

Une infection au tibia vous avait effectivement gâché la deuxième moitié de saison…

C’était une blessure très compliquée, qui m’a d’ailleurs obligé à arrêter ma carrière précocement. Mais «Keru» [Raymond Keruzoré, l’entraîneur rennais d’alors] avait confiance, il savait qu’il pouvait compter sur moi.

Pourquoi cette remontée parmi l’élite, qui n’est pas la dernière en date côté Stade Rennais, a-t-elle autant marqué les esprits, au-delà de ce dénouement incroyable ?

C’était particulier, il y avait dans l’équipe une ossature composée d’anciens Lavallois, de Bretons, avec Keruzoré, Patrick Delamontagne... Sans oublier Erik van den Boogaard. On avait vraiment un lien fort avec notre public. L’année d’avant, j’étais suspendu pour le pré-barrage [perdu à Nîmes], donc j’étais frustré. Là, c’était la bonne.

Vous vous souvenez du retour triomphal à Rennes ?

Quand on est rentrés, c’était incroyable. De la route de Lorient jusqu’à la place de la Mairie, on était escortés, il y avait un monde, c’était formidable. La communion avec la ville m’a plus marqué que la fête entre nous, joueurs.

Vous êtes resté en contact avec vos partenaires de l’époque ?

J’étais avec Laurent Delamontagne, que j’ai toujours plaisir à retrouver, lors d’un match entre anciens de Lyon et Marseille, samedi dernier. J’ai revu un peu Serge Le Dizet. J’aimerais bien revoir Patrick Delamontagne. La prochaine fois que je monte à Rennes, je ne manquerai pas de l’appeler.

J'avais été un peu frustré de ne pas être resté plus longtemps au Stade Rennais [Jean-Christophe Cano y a évolué entre 1988 et 1990]. Ça m’aurait paru logique. Ce club, j’y ai laissé mes tripes (sic). Je trouvais donc tout à fait naturel d’y rester, mais avec le recul, on se dit que c’est comme ça. A ce moment-là, je n’avais pas de manager, il n’y a pas eu d’arrangement entre les deux clubs [le SRFC et l’OM, qui le prêtait], et peut-être que Rennes n’a pas suffisamment insisté pour que je revienne… L’histoire s’est quand même bien terminée, puisqu’on est montés.

«Raymond Keruzoré m'avait mis remplaçant. A l'entraînement, j'ai alors commencé à aiguiser tout le monde»

Néanmoins, ce goût d’inachevé, combiné à votre absence au centenaire du club…

Je trouve que ça fait beaucoup, oui. Quand je suis arrivé à Rennes, j’ai amené mon tempérament, ma grinta. Or, ce que je reproche un peu à ce club, c’est de manquer de caractère, alors que c’est ce qu’aime le public rennais. C’était déjà le cas à mon époque.

Quand je suis revenu à l’intersaison 89-90, après avoir effectué ma préparation avec l’OM, l’équipe était en passe de reprendre le championnat. Keru m’avait mis remplaçant pour le premier match, ce que je n’avais pas accepté. J’ai mis les vissés dès le mardi suivant à l’entraînement, et j’ai commencé à aiguiser tout le monde (sic). Le samedi d’après, j’étais de nouveau dans l’équipe.

Ce tempérament détonant vous a-t-il joué des tours ?

Jamais, car j’ai tout de suite été accepté par l’ensemble des gens à Rennes, par mes voisins, tout le monde… C’est vrai que je vais vers les gens. C’est peut-être ça, aussi, la clé de ce genre de réunion.

Vous n’êtes pas si vindicatif que cela, puisque vous vous occupez aujourd’hui des intérêts de l'un des meilleurs joueurs du Stade Rennais (sinon le meilleur), Paul-Georges Ntep

Attention, je ne suis pas du tout rancunier ! Je suis juste un peu frustré, car ce club, qui opère dans une vraie ville de football, a la chance d’avoir un propriétaire capable de faire rêver les gens. Mais il faut faire rêver le propriétaire, aussi… Le SRFC a un fort potentiel, a la possibilité de se développer. Ce serait dommage de ne pas en profiter.

Aurez-vous un petit pincement au cœur, samedi soir (20 h), au moment du coup d’envoi de Lorient-Rennes, 25 ans après votre but si important ?

Non, je ne suis pas nostalgique. C’est ancré dans ma mémoire parce que ça fait partie de mon histoire, mais je ne vis pas dans le passé.