Des panneaux informent les automobilistes des épisodes de pollution aux microparticules.
Des panneaux informent les automobilistes des épisodes de pollution aux microparticules. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

ENVIRONNEMENT

Rennes: La qualité de l’air s’est-elle dégradée ces dernières années?

La capitale bretonne a connu un épisode de pollution aux microparticules sans précédent…

Pendant neuf jours, Rennes et sa métropole ont toussoté. Neuf jours où le seuil d’information a été dépassé en raison de la concentration de microparticules dans l’air. Un record pour la capitale bretonne, qui n’avait jamais connu un épisode aussi long. On aurait vite fait de penser que la qualité de l’air se dégrade dans la métropole. Et pourtant. D’après les données enregistrées par l’association Air Breizh, le taux moyen de microparticules est stable depuis dix ans, comme celui de l’oxyde d’azote. «La qualité de l’air est plutôt stable à Rennes, équivalente à des villes comme Nantes ou Bordeaux. Ce n’est pas si mal, compte tenu de l’augmentation du trafic routier», explique Magali Carron, directrice d’Air Breizh.

En 2012, année noire, Rennes avait connu 38 jours de dépassement du seuil de recommandation fixé par l’Europe. En 2013, 23 jours et en 2014, 22 jours. Une marque de progression? Pas vraiment. «Ce qui est important, ce n’est pas la valeur maximale, mais la qualité de l’air que l’on respire au quotidien. Il n’y a pas de seuil à partir duquel les particules sont dangereuses. Il y a toujours un risque pour la santé. On sait d’ailleurs que les seuils fixés par l’Europe sont trop élevés. Mais si on les abaissait, toutes les villes seraient en permanence en alerte», poursuit Magali Carron.

 

Si jusqu’ici  la métropole a réussi à contenir ses émissions, l’attractivité du territoire et l’arrivée de nouveaux habitants font craindre une forte progression du trafic routier, responsable de 78% des émissions d’oxyde d’azote et de 30% des émissions de microparticules. Pour lutter contre le phénomène, la métropole a donc entamé une révision de son plan de protection de l’atmosphère (PPA). Soumis à enquête publique, il est actuellement entre les mains du commissaire enquêteur et devra ensuite être validé par le préfet. Privilégier les transports en commun, améliorer le ferroviaire ou encore sensibiliser le monde agricole font partie des solutions avancées.

80.000 personnes touchées par la pollution

Ce document, la fédération Ivine l’a étudié avec attention et lui reproche un manque d’ambition. «Beaucoup pensaient que l’arrivée du métro suffirait mais on voit que la situation ne s’est pas améliorée. Aujourd’hui, on estime que 80.000 personnes sont impactées par une mauvaise qualité de l’air dans la métropole. Et encore, on est là sur des modélisations basées sur des chiffres de 2008», regrette Jacques Le Lety, administrateur d’Ivine, qui fédère vingt-trois associations de protection de l'environnement en Ille et Vilaine.

La fédération recommande notamment une réduction de la vitesse sur la rocade et dans les centres-villes «même si ces mesures sont impopulaires au départ». Si elle salue le travail entrepris sur les transports en commun, Ivine s’interroge cependant sur les leviers d’action. «Si on se limite à abaisser la vitesse, on n’y arrivera pas, d’autant que Rennes a déjà beaucoup fait pour les transports en commun. Il faut aussi réinterroger le modèle d’urbanisme et arrêter d’éloigner les gens de leur lieu de travail», poursuit Jacques Le Lety. Le modèle de ville archipel trouve ici ses limites.

Pas assez de pluie ni de vent?

Si l’image de l’air pur breton s’en trouve un peu écornée, la région possède pourtant deux atouts précieux pour nettoyer l’atmosphère. «Le vent disperse et la pluie lessive», explique la directrice d’Air Breizh. Sauf que malgré sa réputation, la région n’est pas plus arrosée que Paris. Et que ses rafales de vent liées aux marées emmènent puis ramènent la pollution.