Drame de Clichy-sous-Bois: Les deux policiers campent sur leurs positions

JUSTICE La troisième journée du procès sur la mort de Zyed et Bouna a été consacrée à l’examen de l’intervention de police…

Jérôme Gicquel

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Le procès des deux policiers se poursuit jusqu'à vendredi devant le tribunal correctionnel de Rennes.
Le procès des deux policiers se poursuit jusqu'à vendredi devant le tribunal correctionnel de Rennes. — J. Gicquel / APEI / 20 Minutes

Les policiers ont-ils perçu que Zyed Benna, Bouna Traoré et Muhittin Altun étaient en danger de mort en pénétrant sur le site EDF de Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005? Si oui, se sont-ils abstenus volontairement de leur porter secours? Ces deux questions clés ont été longuement évoquées ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Rennes au troisième jour du procès des deux policiers jugés pour non-assistance en danger après la mort de Zyed et Bouna. Sur ces deux points, Sébastien Gaillemin et Stéphanie Klein ont conservé tout au long de la journée la même ligne de défense. «Je ne les ai jamais vus franchir le mur du site EDF. Pour moi, ce n’était qu’une hypothèse parmi d’autres», assure le policier à la barre.

Dans la matinée, la diffusion d’un message radio émis par le gardien de la paix à 17h33 le jour du drame avait pourtant jeté le trouble dans la salle. «En même temps, s’ils entrent dans le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau», indiquait alors Sébastien Gaillemin. «J’ai prononcé ce message pour attirer l’attention. C’est une réflexion fort maladroite et j’en suis désolé mais ce n’était que l’expression orale d’une pensée parmi plusieurs hypothèses. Il y avait plusieurs directions de fuites possibles pour les jeunes», assure le policier en pleurs.

«Pourquoi n’avez-vous pas crié pour les mettre en garde?»

Le gardien de la paix qui poursuivait un groupe de jeunes dans le cimetière jouxtant le site EDF rebrousse alors chemin pour se rendre avec une collègue à l’entrée de la centrale. «Et pourquoi à ce moment là ne criez-vous pas pour mettre en garde les jeunes?», l’interroge Maître Jean-Pierre Mignard, avocat des parties civiles. «Je ne voyais personne donc pourquoi j’aurai dû crier», lui répond sèchement le policier, qui en a également profité pour charger sa hiérarchie. «Je constate au passage que plein de personnes ont entendu les messages radio mais que personne n’a été inquiétée», souligne non sans une certaine ironie le prévenu.

Appelée à la barre, Stéphanie Klein, qui était en poste au standard de commandement au moment du drame, a quant à elle indiqué n’avoir «pas pris conscience du danger sur les ondes». Je ne connaissais pas ce site et je ne voyais pas ce qu’était un site EDF. Je pensais plus à un site administratif qu’à une centrale électrique», se défend la policière, avant de fondre en larmes.

La journée de jeudi sera consacrée aux plaidoiries des parties civiles et aux réquisitions du procureur. «On ne va pas faire porter toute la responsabilité sur les prévenus. Mais s’il y avait eu au moins un avertissement oral du policier sur le site EDF, on ne serait pas là», glisse Maître Mignard à l’issue de l’audience.