Mort de Zyed et Bouna: L'intervention des policiers en question

JUSTICE La troisième journée du procès s’est ouverte avec la diffusion des messages radio des policiers lors de leur intervention…

Jérôme Gicquel

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Le président du tribunal correctionnel de Rennes Nicolas Leger (au centre) et ses deux assesseurs à l'ouverture du procès des policiers mis en cause dans la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois en 2005
Le président du tribunal correctionnel de Rennes Nicolas Leger (au centre) et ses deux assesseurs à l'ouverture du procès des policiers mis en cause dans la mort de Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois en 2005 — Damien Meyer AFP

«En même temps, s’ils entrent dans le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau». Ce message radio émis par le gardien de la paix Sébastien Gaillemin à 17h33 le 27 octobre 2005 est au cœur du procès des deux policiers, jugés pour non-assistance à personne en danger après la mort de Zyed et Bouna dans un site EDF à Clichy-sous-Bois.

Dans la matinée, le tribunal correctionnel de Rennes a passé au crible l’intervention de la police démarrée à 17h20 ce jour-là suite à un appel signalant  la présence de jeunes sur un chantier de Livry-Gargan. S’en suit alors une course-poursuite entre les policiers et une dizaine de jeunes dans un bois puis dans un cimetière à proximité du site EDF de Clichy-sous-Bois.

Six jeunes sont interpellés tandis que «deux ou trois jeunes» sont aperçus par les policiers en train d’enjamber un grillage menant vers le site EDF. «Il faudrait ramener du monde pour cerner le quartier. Ils vont bien ressortir», indique alors Sébastien Gaillemin, présent dans le cimetière, dans un message radio. 

Les deux policiers en pleurs à la barre

«A ce stade là, aviez-vous conscience que ces jeunes encouraient un danger mortel? Et si oui, vous abstenez vous volontairement de leur venir en aide ?», l’interroge le président d’audience. «J’ai prononcé ce message pour attirer l’attention. C’est une réflexion fort maladroite et j’en suis désolé mais ce n’était que l’expression orale d’une pensée parmi plusieurs hypothèses. Il y avait plusieurs directions de fuites possibles pour les jeunes», lui répond le policier. «Comment pouvez-vous penser que j’ai pu agir ainsi», poursuit-il en pleurs. Interrogée sur ce message radio reçu à 17h33,

Stéphanie Klein, au standard au moment du drame, a également fondu en larmes. «J’ai entendu cette phrase  mais je n’y ai pas répondu. Je n’ai pas soupçonné un danger si profond sinon j’aurais agi autrement. Je ne connaissais pas l’existence de ce site et je ne voyais pas ce qu’était un site EDF, je pensais plus à un site administratif», a répondu la policière.

L’examen détaillé des messages radio et de l’intervention de la police au moment du drame va se poursuivre cet après-midi, avec notamment l’intervention des avocats des parties civiles, restés bien discrets ce mercredi matin.