Procès pour la mort de Zyed et Bouna: De nombreuses zones d’ombre autour de l’intervention des policiers

JUSTICE La journée de mardi a été marquée par la diffusion d’enregistrements sonores au moment du drame à Clichy-sous-Bois…

Jérôme Gicquel
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Siyhaka Traoré, le grand-frère de Bouna, à l'issue de la journée d'audience mardi.
Siyhaka Traoré, le grand-frère de Bouna, à l'issue de la journée d'audience mardi. — J. Gicquel / APEI / 20 Minutes

Au deuxième jour du procès du drame de Clichy-sous-Bois, le tribunal correctionnel de Rennes s’est penché ce mardi sur les circonstances et les suites de l'accident qui a coûté la vie le 27 octobre 2005 à Zyed et Bouna dans un site EDF. La journée a notamment été marquée par la diffusion des enregistrements sonores de la police au moment du drame. Un moment particulièrement douloureux pour les familles des deux adolescents.

Tout l’enjeu du procès est de savoir si les deux policiers, jugés pour non-assistance à personne en danger, savaient que les adolescents étaient entrés dans le site EDF. Ce jour-là, une intervention de la police en Seine-Saint-Denis avait mis en fuite Zyed, Bouna ainsi que leur camarade Muhittin Altun, grièvement blessé et seul rescapé de ce drame. Après avoir pris la direction d'un bois, ils avaient escaladé le mur d'enceinte d'un site EDF et s'étaient réfugiés dans un local à risque, abritant un dispositif appelé réactance, où ils ont été électrocutés.

«Il y a de fortes chances que les deux affaires aient un lien»

Présent lors de cette intervention, qui avait conduit à l’interpellation de six autres jeunes, le gardien de la paix Sébastien Gaillemin est ensuite rentré au commissariat. «Quand je suis rentré, pour moi l’affaire était close. Je n’avais pas de doute sur le fait que des enfants aient pu entrer dans la centrale», a témoigné le policier de 41 ans à la barre.

Appelé pour une autre intervention quelques minutes plus tard, il croise alors les pompiers qui se rendent sur le site EDF après l’appel d’un des jeunes du quartier. «J’y suis passé de manière fortuite pour éviter les bouchons», assure-t-il. Ce n’est qu’en arrivant à proximité des lieux que le gardien de la paix fait le rapprochement avec la précédente affaire. «Tout à l'heure, il y a eu une poursuite pédestre à proximité», explique-t-il dans ces messages radio, diffusés à l'audience, «il y a de fortes chances que les deux affaires aient un lien».

Le policier mis en difficulté par les questions de l'avocat des parties civiles

Une version des faits qui ne satisfait guère Maître Emmanuel Tordjman, avocat des parties civiles. «Et comment se fait-il que le standard savait qu'il y avait 3 enfants sur le site, alors que vous prétendez ne pas le savoir?», l’interroge l’avocat. «Je ne sais pas. Je n’ai pas dissimulé le chiffre car je n’avais pas ce renseignement», lui répond le policier, mis en difficulté par les questions de l’avocat.

Des zones d’ombre que le tribunal tentera d’éclairer ce mercredi avec l’examen détaillé de l’intervention des forces de police avant l’accident.­