Rugby féminin: «Jean Abeilhou trouvait que je parlais bien», déclare Sandrine Agricole

Interview L'ancienne demi d'ouverture du Stade Rennais et de l'équipe de France, 3e de la Coupe du monde 2014, est aujourd'hui consultante terrain pour France Télévisions...

Jeremy Goujon
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Sandrine Agricole en action face à l'Irlande, durant le Tournoi des VI nations 2014.
Sandrine Agricole en action face à l'Irlande, durant le Tournoi des VI nations 2014. — F. Fourcade / Sipa

Vainqueur du Grand Chelem avec l'équipe de France en 2014, Sandrine Agricole (34 ans) commentera le troisième match du Tournoi des VI nations des Bleues contre le Pays de Galles, vendredi soir (20 h 45), sur France 4.

Comment s'est déroulée votre reconversion?

«Reconversion», c'est un bien grand mot. C'est surtout l'opportunité que m'a offerte France Télévisions, en octobre 2014, de pouvoir prolonger l'aventure en Bleu, être de l'autre côté, avec un regard plus technique. Mine de rien, c'est une reconnaissance. Mes qualités sportives ont été reconnues, et ils me font confiance sur l'analyse et le commentaire télé. C'est une belle récompense.

Pourquoi leur choix s'est-il porté sur vous?

A force d'accumuler les interviews, Jean Abeilhou, le commentateur attitré des Bleues, trouvait que je parlais bien. Il a donc eu l'idée suivante : «Pourquoi ne pas me proposer ce poste-là?»

Le retentissement de la dernière Coupe du monde, l'été dernier, a-t-il également joué en votre faveur?

On ne va pas se le cacher, la Coupe du monde a vraiment été une réussite sur les plans sportif et médiatique. France TV a eu des parts de marché importantes, avec des taux record d'audience sur la TNT. Donc oui, la compétition a été un tremplin pour cette nouvelle carrière de consultante.

A quelle occasion avez-vous effectué vos grands débuts?

Lors d'un match du Top 8 [l'équivalent féminin du Top 14], retransmis pour la première fois sur France TV. En l'occurrence, c'était Montpellier-Blagnac/Saint-Orens [le 25 janvier]. Ce n'était pas un essai, c'était vraiment le grand bain, surtout qu'on était en direct. Ça m'a permis de découvrir en live ce métier, et en fin de compte, ça s'est fait naturellement. Parler de rugby quand on est passionnée, c'est facile.

Du coup, vous vous êtes retrouvée sur France-Ecosse (42-0), lors de la première journée du Tournoi des VI nations 2015...

Cette journée a été particulière car c'était le premier match des Bleues, que j'ai quittées le 17 août 2014. Je retrouvais des filles avec lesquelles j'ai vécu une belle aventure, et partagé beaucoup d'émotions. C'était fort et bizarre à la fois. J'ai donc hâte de les retrouver, avec un côté émotionnel bien gardé dans la poche (sic) et une analyse beaucoup plus précise et professionnelle.

La nostalgie s'était emparée de vous?

Exactement! C'est un sentiment sympa, mais c'est aussi désagréable, parce qu'on se dit qu'on ne peut pas avoir de regrets après tout ce que j'ai vécu. C'est pour ça que j'ai hâte que vendredi arrive, pour revivre cette expérience en tant que commentatrice, et non plus comme ex-joueuse.

Le fait d'être ainsi exposée est aussi une bonne publicité pour le Stade Rennais, où vous entraînez désormais les lignes arrières...

Oui, c'est bien, même si à Rennes, je trouve qu'on ne parle pas assez du rugby féminin. Mais grâce à cette médiatisation qui dure, notre «petit club» pourra peut-être connaître un essor. Le soufflé n'est pas retombé, au contraire. Aujourd'hui, les gens nous parlent encore de la Coupe du monde. Les Français s'attachent vite à des équipes qui les marquent. Et si les Bleues battent le Pays de Galles ce week-end [les deux nations sont invaincues], ils vont les suivre jusqu'au bout.

Envisagez-vous déjà de vous investir pleinement dans le commentaire sportif, à l'avenir?

J'attends la fin du Tournoi, pour voir ce que ça donne réellement. Ma vraie reconversion professionnelle, c'est d'être passée de joueuse de haut niveau à kiné. On m'a donné l'opportunité d'être consultante, et je vis ça à fond. Si j'ai autant de motivation à la fin du Tournoi pour continuer cette aventure, pourquoi pas?