L'assemblée départementale d'Ille-et-Vilaine, à Rennes.
L'assemblée départementale d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

POLITIQUE

Ille-et-Vilaine: Pourquoi la gauche peut perdre la tête du département

Arrivé au pouvoir en 2004, le Parti socialiste pourrait souffrir aux élections départementales…

Arrivé à la tête du département d’Ille-et-Vilaine en 2004 après une bascule historique, le Parti socialiste pourrait être en difficulté lors du scrutin départemental des 22 et 29 mars. A un mois du premier tour, le politologue rennais et enseignant à Sciences-Po Romain Pasquier nous explique pourquoi la gauche peut perdre la tête.

Parce que le contexte national n’est pas favorable.

«Il y a clairement un risque de basculement car le contexte est plus favorable à la droite et au centre. Mis à part le regain de popularité consécutif aux attentats, le Gouvernement n’a pas la cote. Il y aura forcément un vote de sanction contre le parti en place. Les gens attendent des réponses aux problématiques de chômage et de croissance. Et ils ne les ont pas».

Parce que la candidate de droite monte en puissance.

«J’ai l’impression qu’au niveau local, les candidats socialistes sont moins visibles. La tête de liste [Jean-Luc Chenut, maire du Rheu] n’est pas la plus connue, alors qu’à droite, la candidate monte en puissance. Isabelle Le Callennec a plus de visibilité, y compris au niveau national. Elle est devenue porte-parole de l’UMP, elle est bien ancrée au niveau local.»  

Parce que la participation sera très faible.

«Franchement, on ne sent pas une grande passion autour de cette élection. Les gens ne savent pas trop ce que deviendront les départements et ils n’iront pas voter. Surtout que le redécoupage des cantons rend encore plus flou le rôle local des conseillers. Ce qui peut sauver la gauche, c’est que ce redécoupage divise la population urbaine de Rennes. Et on le sait, à Rennes, les gens votent beaucoup plus à gauche.»

Parce que la droite a abandonné sa branche dure.

«Si la gauche s’est imposée en Bretagne, c’est qu’elle a su capter l’héritage chrétien démocrate que la droite avait abandonné. La plupart des Bretons ne se reconnaissent pas dans la droite dure qu’incarnait Sarkozy par exemple. Les nouvelles figures de l’UMP l’ont bien compris et affichent un visage plus centriste, plus modéré. La gauche doit se réinventer.»

Parce que les triangulaires avec le FN ne seront pas nombreuses.

«Paradoxalement, ce qui peut sauver le Parti socialiste, ce serait des bons scores du Front national. En cas de triangulaire au second tour, le vote pourrait profiter à la gauche. Mais pour avoir des triangulaires, il faut que les listes recueillent 12,5% des inscrits. Compte-tenu de la participation, ce ne sera pas le cas dans beaucoup de cantons».