Rennes: Yérime Sylla «regrette» la présence du Qatar en finale du Mondial

HANDBALL Le coach des Irréductibles émet notamment des doutes sur l'arbitrage...

Propos recueillis par Jeremy Goujon
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Yérime Sylla à l'époque où il entraînait Dunkerque, club avec lequel il a remporté la Coupe de France en 2011.
Yérime Sylla à l'époque où il entraînait Dunkerque, club avec lequel il a remporté la Coupe de France en 2011. — F. Lancelot / Sipa.

Yérime Sylla avait vu juste. Le 16 janvier, le coach du Cesson-Rennes Métropole Handball prédisait le 5e sacre planétaire de l’équipe de France. «Ils ont encore une petite marge», déclarait ainsi le technicien. Ce qu’il avait en revanche beaucoup moins prévu, c’est le parcours quasi triomphal du Qatar.

Le pays organisateur vous a-t-il bluffé durant le Mondial ?

Je n’avais pas trop envie de le voir en finale… Par principe, je trouve ça un peu spécial. Ils ne m’ont pas forcément bluffé, même si ça renforce l’idée qu’il est compliqué, finalement, d’avoir une jauge et une évaluation à ce niveau-là. Pendant huit mois, le Qatar a travaillé comme un club, et on se rend compte, effectivement, que ça fait une différence. L’expérience ne peut pas être faite, mais j’aimerais voir un club comme Kiel ou Barcelone jouer un Mondial. A mon avis, ces équipes iraient au bout.

Vous regrettez que le Qatar ait autant créé la surprise ?

Quand on voit comment le match contre l’Autriche (8e de finale remporté 27-29 par les Qatariens) a été arbitré, c’est juste scandaleux. Et ça s’est répété contre l’Allemagne en quart, la Pologne en demie… Ça fait beaucoup. En finale, les Français ont su faire abstraction du contexte. C’est ce que je dis à mes joueurs: quand on a une motivation interne au-dessus de tout le reste, souvent, ça passe. Mentalement, les Experts écrasent tout le monde. Ils ne sont pas blasés, et ça, c’est extraordinaire.

Voir tous ces joueurs naturalisés chanter l’hymne qatarien, la main sur le cœur, n’était-ce pas un peu «too much» ?

On ne va pas pratiquer la langue de bois, même si j’avoue que c’est délicat pour un entraîneur de LNH (les droits télévisés du championnat français sont détenus par beIN Sports, filiale du groupe qatarien Al Jazeera)… Si c’était une manière pour eux d’être unis, peut-être qu’il fallait passer par là. Finalement, «too much», ça ne veut pas dire grand-chose. L’important, c’est le terrain, et aujourd’hui, ils sont vice-champions du monde. Il n’y a rien à dire là-dessus, puisqu’ils n’ont pas triché.

Le règlement de la Fédération internationale doit-il changer ?

Je ne sais pas… Moi, je suis métis. J’ai porté le maillot de l’équipe de France, celui du Sénégal, et j’ai failli porter les couleurs de l’équipe suisse, pour un Euro en Suède en 2002. Ça ne s’est pas fait parce que mon père n’avait pas pris la nationalité. Aujourd’hui, il est Suisse. Ma sœur aussi, par le mariage. Donc voilà, j’aurais pu être Suisse. Ce côté «citoyen du monde» ne me choque pas. Ce qui me gêne, par contre, c’est le pays et comment il fonctionne. Des gens sont morts pour la construction d’un stade de foot. Gaël Monthurel (ancien Barjot, champion du monde en 1995) et des footballeurs n’ont pas été payés, ont été séquestrés. Et puis, il y a d’autres choses un peu plus floues, un peu plus opaques…