Rennes: Des milliers de corps dorment sous l’église Saint-Germain

PATRIMOINE Un important chantier de fouilles est mené en amont de la construction de la ligne B du métro...

Camille Allain

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Des milliers de squelettes reposeraient sous la place.
Des milliers de squelettes reposeraient sous la place. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Vous ne le saviez sans doute pas, mais en vous baladant sur la place Saint-Germain, vous marchiez sans doute sur les restes d’une nécropole chrétienne. Les chercheurs de l’Inrap ont mis au jour une douzaine de squelettes humains, sans doute enterrés là avant l’an 1000 pour les plus anciens. «On n’en a exploré qu’une toute petite partie. Il y a sans doute des milliers de corps entreposés là et sous l'église Saint-Germain», prévient Laurent Beuchet, responsable du chantier de fouilles.

Un chantier exceptionnel

Débuté en août après des sondages en 2009 et 2011, le chantier préalable à la construction de la station de métro s’est révélé «exceptionnel» pour les chercheurs. «Nous avons découvert qu’un bras de rivière passait là il y a plusieurs siècles. Le sol est donc hyper chargé en sédiments, comme un compost. Du coup, on a un état de conservation remarquable», poursuit Laurent Beuchet.

Des centaines d'objets ont été découverts. Ici une pointe de flèche. - C. Allain / APEI / 20 Minutes
 

En creusant, l’Inrap a trouvé des pièces de cuivre à peine oxydées, des bagues, des pointes de flèches, des morceaux de cuir comme des chaussures, des pièces de bois et même des tissus datant du XIIe siècle. «Je n’avais jamais vu ça», concède le responsable des fouilles.

Avec ces nouvelles trouvailles, les chercheurs de l’Inrap ont pu compléter leurs connaissances sur l’histoire de Rennes. «On sait maintenant que la place Saint-Germain était une zone humide située à l’extérieur de la ville fortifiée. On a retrouvé les traces d’un pont et de nombreuses pièces de monnaie. On peut penser qu’il y avait là un poste de douanes au XIIe siècle», avance Laurent Beuchet.

En creusant jusqu’à 5,50 mètres de profondeur, les chercheurs ont également découvert que des tanneurs de cuir avaient sans doute exercé là au XIVe siècle, avant que des fortifications ne soient érigées là. «On a sans doute l’équivalent des Portes Mordelaises sous nos pieds», glisse un chercheur.

Laurent Beuchet aux abords du pont mis au jour par les archéologues. - C. Allain / APEI / 20 Minutes
 

Rasées au XVIIe siècle, ces enceintes ont ensuite laissé place à des maisons d’habitations et des commerces, tous soufflés par une explosion lors du bombardement en 1944. Lors de ses premières semaines de fouilles, l’Inrap avait découvert des montres, arrêtées à l’instant même du bombardement, avant de mettre la main sur une bombe anglaise toujours active.

Le chantier de fouilles prendra fin février place Saint-Germain. Il faudra alors laisser place aux pelleteuses pour la construction de la station de métro. «Ces chantiers modernes nous apprennent en fait beaucoup sur notre passé», sourit un responsable des affaires culturelles qui suit le programme.