Bretagne: Ils cueillent la Saint-Jacques à la main plutôt que de la draguer

PECHE Deux plongeurs pêchent la coquille dans la Rance pour préserver la ressource...

Camille Allain
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Depuis 20 ans Philippe (dans la cabine) et Anthony plongent dans la Rance pour pêcher la coquille Saint-Jacques en douceur.
Depuis 20 ans Philippe (dans la cabine) et Anthony plongent dans la Rance pour pêcher la coquille Saint-Jacques en douceur. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Chaque matin, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, Philippe et Anthony enfilent leur combinaison, chaussent palmes et masques avant de sangler leur bouteille d’oxygène. Alors que la pêche à la Saint-Jacques s’est ouverte lundi dans la baie de Saint-Malo, ces deux professionnels ont commencé depuis le mois d’octobre avec leur méthode douce. Eux collectent la coquille à la main, en plongeant dans la Rance ou dans la baie. «Aujourd’hui, c’était sympa, il ne faisait pas trop froid et on avait une bonne visibilité. C’est plus facile de trouver les grosses», lâche Anthony à la sortie du bateau, amarré sur les bords de Rance.

Une eau à quatre degrés

Ce n’est pas tous les jours aussi simple. En hiver, le binôme est parfois contraint de nager avec des lampes dans une eau pas toujours claire qui peut descendre jusqu’à 4 degrés. «Au bout de trois heures, ça fait mal», poursuit Anthony, qui plonge depuis 23 ans. Avec Philippe, son patron, ils partagent la même passion pour la plongée. «C’est avant tout une question d’éthique. Je ne pense pas que la pêche à la drague soit la plus adaptée pour l’environnement, même si la profession a fait beaucoup d’efforts», explique Philippe Orveillon, le patron du bateau.

Les plongeurs peuvent remonter 200 kilos par jour, pas plus. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

La pêche en plongée présente aussi l'intérêt de respecter le cycle des coquilles. En ne choisissant que les plus grosses, Philippe et Anthony récoltent les plus vieilles Saint-Jacques, sans toucher aux petites, jeunes et qui assurent l'avenir de la ressource.

Il livre lui-même après la pêche

Avant de pêcher la Saint-Jacques, Philippe ramassait les ormeaux mais une bactérie a décimé la ressource en 1998. «Il a fallu trouver autre chose. Il n’y avait pas de licence pour la Saint-Jacques. On a dû se battre pour obtenir les autorisations». Les relations avec la profession étaient alors un peu tendues. «Il y avait des réticences. Pourtant on ne fait pas ombrage car on est limités à 200 kilos par jour dans la Rance et 400 dans la baie. Eux, ils relèvent jusqu’à 750 kilos», poursuit le patron.

Roellinger a craqué

Pour faire son beurre, Philippe travaille donc en direct avec des restaurateurs et des poissonneries qu’il livre lui-même après sa journée de plongée! Et même s’il vend un peu plus cher, sa pêche trouve toujours preneur. Il compte notamment parmi ses clients le célèbre chef Olivier Roellinger, qui a rendu ses trois étoiles au Michelin. «Le bouche-à-oreille fonctionne bien. On doit même refuser des commandes», explique le patron. A peine le temps d'ôter sa combinaison, Philippe est déjà parti en livraison.