Les malades, proies faciles

Camille Allain

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Serge Blisko, de Miviludes (à g.) 
et Laurent Chambaud de l'EHESP.
Serge Blisko, de Miviludes (à g.) et Laurent Chambaud de l'EHESP. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

«La maladie est devenue une porte d'entrée propice aux dérives sectaires. Des gens mal intentionnés profitent de la vulnérabilité des malades et de leur entourage pour tenter de les dépouiller ». Président de la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), Serge Blisko ne cache pas ses inquiétudes face à la prolifération des pratiques « non-conventionnelles ». « La médecine conventionnelle fait des prouesses mais c'est un monde un peu froid et technitisé. Une personne atteinte du cancer a besoin de quelque chose que la médecine ne lui donne pas. Les gens sont nombreux à se tourner vers ces méthodes complémentaires. Là-dedans, il y a de l'utile, du prometteur, mais aussi du dangereux », alerte le président de la mission.

« Je n'ai rien vu venir »


Pour sensibiliser les professionnels du monde médical, la Miviludes a signé une convention avec l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) de Rennes (lire encadré). L'établissement formera ses étudiants à mieux déceler les comportements suspects. « C'est une réalité qu'il faut prendre en compte, pas juste des histoires dont on parle à la télé. On voit que les personnes âgées ou handicapées sont de plus en plus sollicitées », abonde Laurent Chambaud, directeur de l'EHESP. Jacques* peut en témoigner. Ce père de famille n'a presque plus aucun contact avec son fils de 30 ans depuis que celui-ci suit une thérapie alternative. « Mon fils était angoissé donc il a été voir un thérapeute recommandé par un ami. Il a commencé à nous reprocher de ne jamais l'avoir aimé. On a fini par ne plus se parler du tout. Je n'ai rien vu venir », confie le papa. Aujourd'hui, le seul contact qu'ils ont gardé est financier. « Il faut bien payer sa thérapie ».

■ Ecole

Equivalent de l'Ecole nationale d'administration (ENA) à Strasbourg, l'Ecole des hautes études en santé publique forme les cadres et dirigeants des hôpitaux et établissements médicaux.