Il y a vingt ans, une nuit de feu

Jérôme Gicquel et Camille Allain

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La grande échelle des pompiers (à g.) donne une idée de l'ampleur du feu.
La grande échelle des pompiers (à g.) donne une idée de l'ampleur du feu. — Archives Jean-Michel Delage / SIPA

Le 4 février 1994 reste l'une des dates les plus sombres de l'histoire de Rennes. Après une interminable journée d'affrontements entre les forces de l'ordre et les marins-pêcheurs, venus manifester leur mécontentement à l'occasion de la visite du premier ministre Edouard Balladur, le parlement s'embrase. Un jour où la nuit ne tombera pas à Rennes, dont le ciel restera illuminé par les flammes s'échappant du bâtiment. C'était il y a vingt ans. « J'ai été appelé vers minuit. Je savais qu'on allait au parlement mais je ne savais pas trop à quoi m'attendre », se souvient Jean-Philippe Bougeard, l'un des premiers pompiers à arriver sur place. « On a vite compris qu'on était pas couchés, car on apercevait les fumées depuis la rue de l'Alma. Quand on est arrivés sur place, on a vu les flammes qui sortaient derrière l'horloge et puis tout s'est embrasé. C'était impressionnant », témoigne le pompier, qui a gardé les séquelles de cette nuit de feu.

« On se sent impuissant »


A une heure du matin, la place se remplit alors d'une foule d'inconnus, inquiète de voir le joyau disparaître. « Les gens sont venus pendant 15 jours devant le bâtiment comme pour rendre hommage à un mort », se souvient Edmond Hervé. Le maire de l'époque avait passé une bonne partie de la nuit sur place à suivre le déroulé des opérations. « Un adjoint m'a prévenu et j'étais sur place cinq minutes plus tard. Les violences de la journée m'avaient marqué. Devant l'incendie, j'étais blessé et attristé. Je souhaite ne jamais revivre un moment comme ça », explique-t-il aujourd'hui. Pendant une bonne partie de la nuit, les soldats du feu ont lutté contre les flammes, craignant que l'incendie, attisé par un vent d'ouest, ne se répande aux immeubles voisins. « On se sent comme un Playmobil, un peu impuissant. Ce qui m'a le plus marqué, c'est de voir mes deux collègues coincés et de ne pas pouvoir les aider. Je voulais y retourner mais le plafond s'est effondré », témoigne le lieutenant Bougeard. Les deux pompiers seront finalement évacués, l'un d'eux, aujourd'hui décédé, sera grièvement brûlé.

■ Peu d'hommages

Pour les 20 ans de l'incendie, peu d'événements sont programmés. Le musée de Bretagne organise une visite dédiée au sein de sa collection « Bretagne est Univers » vendredi à 17 h aux Champs Libres.