Matthieu élève des moutons avranchins, une race locale menacée, ici au Rheu.
Matthieu élève des moutons avranchins, une race locale menacée, ici au Rheu. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Rennes

Le bonnet n'est pas tout rouge

écotaxe La crise de l'agriculture bretonne remet en cause le modèle économique du secteur

L'écotaxe suspendue, Stéphan Alleaume a dû revoir ses plaquettes tarifaires. Persuadé de devoir verser le nouvel impôt, cet ostréiculteur de Cancale avait déjà répercuté le montant de l'écotaxe sur le prix de ses huîtres. « Les transporteurs vont nous faire payer mais moi, je ne peux pas réduire ma marge. A la fin, c'est le consommateur qui va trinquer », assure le Cancalais. Sa comptable a fait le calcul : « C'est presque un pourcent du prix de la douzaine », assure l'ostréiculteur. Mais Stéphan Alleaume n'a pas le choix et doit expédier ses produits par camion. « 89 % de mes huîtres et 55 % des coquillages partent à l'export. Je ne peux pas le faire par le train car tout le réseau d'ultrafrais qui va à Rungis a été démoli. Avant de favoriser le transport alternatif, il aurait d'abord fallu le maintenir », critique-t-il. Plutôt que de miser sur l'export, d'autres professionnels ont préféré opter pour la filière locale. « Aujourd'hui, certains agriculteurs ont perdu le pouvoir sur leur métier. Ils sont comme salariés de grands groupes », regrette Matthieu Pires. Ce jeune éleveur a lancé en avril la Ferme de Milgoulle, une activité d'éco-patûrage. Ses 150 brebis et cinq vaches entretiennent les espaces naturels du Rheu ou de Vern, remplaçant tondeuses et tracteurs.

Un modèle à réinventer


A chaque fois, l'éleveur intervient gratuitement. « Les communes me prêtent leurs terres donc je ne paie pas pour le foncier. L'argent, je le gagne sur la vente de la viande d'agneaux », explique le jeune homme. Pour limiter ses coûts, Matthieu a fait le pari de ne travailler que dans le département. « Les gars qui découpent la viande ou déshydratent l'herbe, ils sont du coin. Les clients qui achètent la viande aussi », poursuit le jeune éleveur. Il a même fait parrainer ses bêtes par des particuliers. « Les gens paient 150 € par animal. Je les rembourse dans les trois ans, soit avec de l'argent, soit avec de la viande d'agneau. Dans notre métier, c'est le modèle qu'il faut réinventer », conclut le jeune éleveur. Un chantier colossal pour la région.

■ Le pacte dessiné

Le préfet a reçu 200 professionnels, élus et représentants syndicaux mercredi à Rennes pour dessiner le pacte d'avenir de la Bretagne. Des mesures d'aide aux salariés licenciés seront bientôt votées.