Fin de partie pour les veilleurs

Jérôme Gicquel

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La dernière veille a été assurée par l'artiste Joanne Leighton dimanche.
La dernière veille a été assurée par l'artiste Joanne Leighton dimanche. — J. Gicquel / APEI / 20 Minutes

Le rituel était le même tous les jours depuis le 30 septembre 2012. A chaque lever et coucher du soleil, une personne prenait place dans un abri en bois niché sur le toit de l'immeuble de la Chambre des métiers, à plus de 30 mètres au-dessus de l'esplanade de Gaulle. Sa mission:  veiller pendant une heure sur la ville et ses habitants, en ayant bien pris soin de se débarrasser de son téléphone portable et de sa montre . Mené dans le cadre du festival des Tombées de la Nuit, le projet artistique a pris fin dimanche matin à 9 h 03 précises avec la dernière veille, assurée par sa créatrice, la chorégraphe belgo-australienne Joanne Leighton. « C'est très touchant d'assurer cette veille, cela créé un rapport intime avec la ville », souligne l'artiste à sa sortie. Avant elle, 728 habitants s'étaient relayés pour assurer leur tour de garde et participer à « cette chorégraphie collective qui a duré 365 jours », poursuit Joanne Leighton. Cette communauté hétéroclite de veilleurs s'est retrouvée ce dimanche matin sur l'esplanade de Gaulle avec quelques 200 personnes présentes pour une dernière danse.

« Prendre le temps »


Sur place, une seule et même question revient dans toutes les bouches. « Quand avez-vous veillé ? » Chacun y va alors de sa petite anecdote vécue ou des émotions intimes suscitées par cette expérience inédite. « Cela m'a permis de prendre le temps d'écouter les bruits de la ville, d'observer les personnes. Une expérience forte, sans chronomètre, où l'on prend le temps tout simplement », témoigne François. Directeur des Tombées de la Nuit, Claude Guinard était lui de veille le 31 décembre, juste avant le réveillon. « Une expérience assez étrange car il pleuvait et il y avait la fête foraine juste en bas », reconnaît-il. Outre l'aspect artistique, le projet aura également permis de tordre le coup à un préjugé bien tenace : l'esplanade de Gaulle n'est pas morte. « Dans le livre d'or, beaucoup de veilleurs ont évoqué l'animation qu'il y a de jour comme de nuit sur ce lieu, qui joue un rôle central dans la ville », assure Claude Guinard.

■ La suite du projet

Déjà mené à Belfort et Laval, le projet devrait être renouvelé dans d'autres villes en Europe. L'équipe des Tombées de la Nuit réfléchit elle à la manière d'utiliser les photos et écrits collectés pendant un an.