En kayak, ils naviguent à vue

Camille Allain

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Jean Capdevielle (à gauche) guide Jean-Claude Biraud depuis l'été 2012.
Jean Capdevielle (à gauche) guide Jean-Claude Biraud depuis l'été 2012. — DR

Assis autour d'un café à l'abri du crachin breton, Jean Capdevielle et Jean-Claude Biraud discutent de leur traversée sans stress apparent. Ce vendredi, ils s'élanceront de l'île de Jersey pour rejoindre Saint-Malo en kayak. « Ce n'est pas extraordinairement difficile, mais ce n'est pas évident non plus », selon Jean, qui servira de guide pour la traversée. Si les deux hommes auront chacun une paire de bras pour pagayer, ils ne disposeront que d'une seule paire d'yeux pour se repérer. Non-voyant, Jean-Claude se fera guider par son ami Jean, rencontré l'été dernier lors d'un rassemblement de kayakistes. « Il m'a vu avec ma canne blanche et m'a proposé de naviguer avec lui. On est sortis au large de Trébeurden et on s'est tout de suite très bien entendus », se souvient Jean-Claude. Les deux hommes ont alors voulu traverser la Manche de Folkestone à Boulogne. « Les affaires maritimes ont refusé à cause du fort passage de bateaux. On a donc prévu un plan B entre Jersey et Saint-Malo », poursuit Jean-Claude.

Jeux Paralympiques


Sportif accompli, le natif du Poitou ne recule devant rien. Il poursuit ainsi sa quête d'aventure, après avoir participé aux Jeux paralympiques de Lillehammer en catégorie ski de fond et pris le départ de plusieurs marathons. « Je veux montrer aux personnes handicapées que l'on peut faire plein de choses malgré la maladie. Mais aussi montrer aux valides qu'ils ne doivent pas oublier de croquer la vie. J'ai l'impression que les gens se trouvent toujours des excuses », poursuit le non-voyant. Le petit groupe - ils seront cinq kayakistes - entend simplement vivre « une expérience humaine ». Une philosophie de vie partagée par son guide Jean Capdevielle. « Je suis parti aux championnats d'Europe de rafting avec un capitaine unijambiste. Je me suis rendu compte qu'on allait tous se plaindre de nos petits tracas alors que lui devait se surpasser chaque jour. C'est admirable », se souvient l'aventurier. Vendredi, les compagnons s'élançeront de Jersey, direction Chausey, pour y passer la nuit avant de pagayer six heures vers Saint-Malo samedi. « Le kayak de mer offre la même sensation de liberté que l'avion. Enfin je vous rassure, je ne pilote pas », lance Jean-Claude avec un petit sourire.