Les cafés concerts ont la vie dure

Camille Allain

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" Si je ne peux plus faire de concerts, je préfère revendre ", prévient Rodrigue Pailhès.
" Si je ne peux plus faire de concerts, je préfère revendre ", prévient Rodrigue Pailhès. — C. ALLAIN / APEI / 20 MINUTES

«J'étais découragé. » Convoqué par la police rennaise fin février, Rodrigue Pailhès a bien failli renoncer à organiser tout concert. Le patron de La Quincaillerie Générale s'est vu reprocher l'excès de bruit dans son bistrot de la rue Paul Bert. « Ici, on ne fait que des concerts acoustiques ! Et c'est du piano qu'on entend, pas de la tronçonneuse ! », lâche Rodrigue, un peu dépité. « On essaie de faire des choses pour animer le quartier et la ville, et on nous met des bâtons dans les roues », déplore le cafetier. Et son bar n'est pas le seul à être surveillé de près. Patron du Papier Timbré et du Scaramouche, Jean-Marie Goater s'est vu interdire tout concert. « C'est agaçant car c'est souvent à cause d'un ou deux voisins qui se plaignent, alors que l'on s'entend bien avec tous les autres », soupire-t-il.

17 fermetures en 2012


Comme Rodrigue, Jean-Marie devra faire des travaux s'il veut avoir une chance de rebrancher un micro. « Les études acoustiques sont très chères à réaliser. D'autant que dans les vieux bâtiments, les aménagements sont quasi impossibles », regrette le patron du Scaramouche. « Faire des travaux, je n'y suis pas opposé. Mais est-ce que ça suffira ? », s'interroge Rodrigue. Car bien souvent, c'est dehors que le bruit se fait entendre. « A Rennes, nous avons beaucoup de plaintes de voisins. Mais le tapage est difficile à apprécier. La cigarette est venue compliquer la situation », indique François Lobit, sous-préfet en charge de la police des débits de boissons. En 2012, 17 cafés ont subi une fermeture administrative, dont 12 à Rennes. « Je ne pense pas que l'on soit plus rigides qu'avant sur le bruit. Mais peut-être que les gens le supportent moins », ajoute le sous-préfet. Quelle solution alors ? « Il faudrait définir une charte de bonne conduite avec la ville et l'Etat, mais que ça aille dans les deux sens. Car aujourd'hui, c'est toujours la faute du bar », propose Jean-Marie Goater. D'autres ont préféré tout arrêter. « Ma voisine a tué mon bar », conclut un patron rennais.