Le vrai visage des détenus enfin dévoilé

Alix froissart

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«Ce film aurait dû être diffusé il y a un an », regrette Catherine Rechard, réalisatrice du Déménagement. Ce documentaire diffusé ce vendredi soir raconte le transfert des détenus de la prison Jacques-Cartier de Rennes vers celle de Vezin-le-Coquet. Les prisonniers ont accepté de se livrer à visage découvert, comme la loi les y autorise.

Disposer de son image
Mais voilà, après le montage du film, l'administration pénitentiaire a réclamé que les visages soient floutés. Motifs invoqués : le droit à l'oubli, à l'anonymat, à la réinsertion. En juillet, la justice a tranché : le film peut être diffusé sans floutage..
Montrer son visage est « une manière de revendiquer son droit fondamental : disposer de son image », insiste Marie-Laurence Delaunay, qui a produit le film avec son mari Franck.

« Des êtres humains »
Selon Catherine Rechard, les détenus ont pris « un engagement courageux, porter au public ce message : les gens en prison ne sont pas différents. Quand on ne voit pas le visage, on peut tout s'imaginer. Ça entretient les fantasmes et la peur. Là, les spectateurs découvrent que les détenus sont des êtres humains. Avec des yeux, un nez, une bouche... Pas un couteau entre les dents et la bave aux lèvres ! »
Othmane (prénom d'emprunt), ancien de Jacques-Cartier, aujourd'hui incarcéré à Vezin, a vu le documentaire. A l'époque du tournage, il avait refusé de témoigner devant la caméra : « Je voulais protéger ma famille. Je n'ai pas envie que tout le monde sache que j'étais au trou. Mais c'est bien que certains l'aient fait, c'est plus réaliste. »
« Notre métier, c'est de faire changer le regard, estime Franck Delaunay. Si on travaille à faire changer le citoyen par rapport à sa peur des détenus, peut-être qu'on pourra améliorer leur réinsertion. »