Sans les yeux, avec le cœur

Camille Allain

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Dans leur discret local du centre commercial du Gast, les membres de l'Amicale des aveugles et handicapés visuels de Bretagne (AAHVB) n'ont d'oreille que pour Marie-Christine. Seule voyante du petit groupe, l'ancienne institutrice vient faire la lecture des magazines. Face à elle, Marie-Annick, non-voyante habitant Cesson, est ravie. « Avant de perdre la vue, j'aimais bien lire des revues sur le jardinage ou connaître les potins, pour savoir comment allait Johnny. Aujourd'hui je ne peux plus et mon mari n'a pas toujours le temps ». Elle dispose bien d'un logiciel permettant de vocaliser des textes, « mais ce n'est pas pareil ».

« On fait partie de la société »
Lancé depuis une semaine, cet atelier lecture est l'une des premières actions menées par l'Amicale rennaise. Créée il y a un an et demi, elle ne compte pas s'arrêter là. « Nous organisons des cours de braille pour adultes, de sophrologie et des ateliers bien-être réservés aux femmes. C'est important pour elles de se sentir belles malgré la cécité », indique Jean-Luc Tholier, président de l'association. Pour aider les non-voyants dans leur quotidien, l'association dispense également des cours d'informatique. « C'est capital pour nous. Quand on maîtrise Internet, on fait partie de la société, on peut travailler, envoyer des mails, aider ses enfants à l'école », argumente Abder Ragui. Ce formateur de l' AAHVB aide ses pairs à manier le logiciel de vocalisation, qui permet de lire le contenu de la plupart des sites internet. « Certaines personnes qui ont perdu la vue à 50 ans ont sombré dans la solitude ou l'alcoolisme. Avec Internet, ils reprennent goût à la vie », rappelle Abder. L'association lance d'ailleurs un appel aux bénévoles. « Ce serait bien d'être accompagné pour faire du shopping, aller aux concerts ou au théâtre », suggère Marie-Annick.

Les Rennais en CD

Après Lanester, Ploemeur et Quéven, Rennes lancera une version audio de son magazine municipal Les Rennais, destiné aux non-voyants. « On espère que le maire pourra lire le premier édito ». Réponse dans le numéro de novembre.