Rester parent derrière les barreaux

Camille Allain
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   Pas facile d'expliquer à un enfant qu'il lui faudra passer les portes d'une prison pour aller voir son papa ou sa maman. A Rennes, l'association Enjeux d'enfants s'occupe depuis 1992 de l'accompagnent des familles de détenus. Au départ, la structure est créée pour intervenir auprès du centre pénitentiaire des femmes. Mais très vite, la mission s'élargit à la prison des hommes. En 2011, les 25 bénévoles et trois salariés ont accompagné 63 enfants aux parloirs des prisons de l'ouest, dont une bonne partie à Rennes. « Un mineur ne peut pas y aller seul, c'est interdit. Pourtant, on se contente rarement d'un simple accompagnement physique. Il y a souvent un soutien psychologique pour l'enfant, mais aussi pour le parent », explique Marine Boudier, directrice de l'association. La plupart du temps, la relation familiale s'avérait déjà douloureuse avant la prison. « Ce n'est pas l'incarcération qui créé le problème. Parfois, le parloir est le premier dialogue entre l'enfant et son parent », témoigne la directrice. 

 Les femmes isolées
L'association refuse pour autant de prôner un maintien absolu du lien. « L'enfant et le parent doivent être prêts », prévient Marine Boudier. Prêts, notamment, à affronter la vérité des faits. « La plupart du temps, ça reste tabou. Mais ça ne sert à rien de mentir pour protéger l'enfant. Au contraire, leur imagination est souvent bien pire que la réalité. Des études montrent même que les non-dits favorisent d'autres délits dans le cercle familial. La vérité est souvent vécue comme un soulagement ». Financé par l'administration pénitentiaire et les collectivités locales, Enjeux d'enfants joue un rôle primordial auprès des femmes détenues à Rennes. « Un tiers d'entre elles ne reçoit aucune visite dans l'année. Quand une femme est incarcérée, elle perd bien souvent tout son entourage, y compris son mari et ses enfants », conclut Marine Boudier.