Manuel Valls veut «faire mieux que la droite pour assurer la sécurité»

POLITIQUE Le ministre de l’Intérieur défend l’ambition de mener une politique sécuritaire de gauche...

Enora Ollivier

— 

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le 16 août 2012, au centre hospitalier d'Aix-en-Provence.
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le 16 août 2012, au centre hospitalier d'Aix-en-Provence. — K. VILLALONGA / SIPA

Hué à son arrivée à Amiens mardi après une nuit d’émeutes, désapprouvé dans son propre camp pour sa gestion des dossiers Roms, contesté par la droite qui a sévèrement jugé ses zones de sécurité prioritaires (ZSP), Manuel Valls est au centre de l’attention – et des critiques – en cette rentrée politique.

Dans une interview à Libération, le ministre de l’Intérieur répond à tous ses détracteurs et revendique l’ambition de «faire mieux que la droite pour assurer la sécurité des Français». Le gouvernement a «un seul idéal, un seul talisman: la République», «un seul esprit: l’apaisement» et «un seul discours face aux troubles: la fermeté», énumère-t-il.

Patience et méthode

Manuel Valls l’assure: une politique sécuritaire de gauche est possible. «Celui qui ne constate pas que la gauche a entamé un profond virage sur la question passe à côté du principal», affirme-t-il. Ainsi, «la gauche au pouvoir avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault assume pleinement les prérogatives régaliennes de l'Etat». La droite l’accuse de ne mener qu’un ersatz de sa propre politique? «Je ne fais pas du sarkozysme l’alpha et l’oméga du débat politique», répond-il, estimant que «c’est à la droite de faire son bilan si elle veut se renouveler».

Interrogé sur les émeutes qui ont secoué Amiens la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur pointe «le refus dogmatique de toute police de sécurité, la politique systématique du chiffre, la baisse des effectifs» qui ont «conduit à établir une distance de plus en plus grande entre la police et les citoyens».

Son remède? «Patience» et «méthode» pour «travailler avec policiers et gendarmes sur la relation au public en intervention». Et aussi «préserver» les 4.000 postes de gendarmes et de policiers «qui auraient été supprimés en 2013, en plus des 10.700 déjà détruits en cinq ans» si Nicolas Sarkozy avait été réélu. De plus, assure-t-il, «500 postes par an seront créés, réservés au terrain».

«S’investir davantage dans les territoires touchées par la délinquance»

Le terrain, la proximité, c’est justement l’un des axes défendu par Manuel Valls pour mener sa politique. Les ZSP, annoncées début août, sont ainsi «faites avec une sélectivité assumée» pour permettre de «s’investir encore davantage dans les territoires touchées par la délinquance». «Je souhaite», poursuit-il, «que les ZSP soient des dispositifs conçus et pilotés à l’échelon local» car «un cadre monolitihique et rigide décrété à Paris serait inefficace».

«Protéger l’espace public est une grande ambition de la gauche, car il est le lieu où se rencontrent les citoyens», conclut le ministre. Lequel doit s’attendre à nouveau à une semaine chargée avec, mercredi, une réunion interministérielle sur le dossier brûlant des Roms après les démantèlements de camps polémiques qui ont eu lieu dans le courant du mois d’août.