Les cent premiers jours de Hollande au pouvoir émaillés de couacs

POLITIQUE Erreurs de communication ou incidents politiques, les 100 premiers jours de François Hollande et de son gouvernement n'ont pas toujours été de tout repos...

Enora Ollivier

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François Hollande, le 26 juillet 2012 à l'Elysée.
François Hollande, le 26 juillet 2012 à l'Elysée. — CHESNOT/SIPA

17 mai - La semaine de cinq jours de Peillon

«Ce n’est pas le plus simple, mais nous le ferons». Dès le lendemain de sa nomination au poste de ministre de l’Education, Vincent Peillon annonce le retour à la semaine de cinq jours en primaire dès 2013. Patatras, Jean-Marc Ayrault recadre tout de go son ministre. «La méthode, c’est la concertation», tempère-t-il, le jour suivant. ««Il y aura une concertation avec les enseignants, les parents d'élèves, les professionnels, tous ceux qui ont leur mot à dire et puis à la fin de cette concertation, il y aura un arbitrage, je le prendrai, pour que l'objectif principal soit respecté».

5 juin – Cécile Duflot défend la dépénalisation du cannabis

La ministre du Logement – et alors encore chef d’Europe Ecologie- Les Verts – plaide pour la dépénalisation du cannabis, arguments à l’appui. Selon elle, «l'objectif est double: il est de faire baisser le trafic (…) et la violence notamment, et d'avoir une politique de santé publique». Problème: François Hollande s’est déclaré contre cette proposition pendant la campagne jugeant que la «nécessité de l'interdit ne doit pas être affaiblie». «Je sais que ce n'est pas la position du gouvernement mais là, je suis la secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts et je dis quelle est notre position», a défendu Cécile Duflot. Ce qui n’a pas empêchéJean-Marc Ayrault de désavouer sa ministre, en rappelant que «ça n’est pas à l’ordre du jour». Il a également souligné avoir fixé des règles, à savoir qu'un membre du gouvernement «ne peut pas avoir en même temps d'autres fonctions», ce qui vaut pour les chefs de parti.

12 juin – Le tweet dévastateur

12 juin 2012, la campagne pour le second tour des législatives bat son plein, et Ségolène Royal est en difficulté dans la 1ère circonscription de Charente-Maritime où son adversaire, le dissident socialiste Olivier Falorni, refuse de se retirer en sa faveur. La situation est critique, à tel point que François Hollande transige avec une règle qu’il s’était fixée – ne pas intervenir dans la campagne – pour soutenir son ancienne campagne en publiant un mot sur sa profession de foi. Las! Ces efforts sont anéantis par une phrase, un tweet de Valérie Trierweiler: «Courage à Olivier Falorni qui n'a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d'années dans un engagement désintéressé». L’effet est dévastateur. Le 17 juin, Ségolène Royal est largement battue par son adversaire. Rabrouée par les socialistes, raillée par la droite qui voit dans cette affaire un désaveu pour François Hollande et pointe la dissociation entre vie publique et vie privée, Valérie Trierweiler assume d’abord.  Un mois plus tard, elle fait son mea culpa, assure que désormais elle «tournera sept fois (son) pouce avant de tweeter». Et finalement, efface le tweet incriminé – et d’autres – le 23 juillet.

21 juin – Le remaniement trouble

C’est un remaniement a minima qui survient, après le second tour des législatives. A minima, certes, mais remarqué tout de même. Nicole Bricq, nommée le 16 mai ministre de l’Ecologie, est «mutée» au Commerce extérieur. Les raisons de ce changement: Nicole Bricq aurait mis en cause les permis d’exploration obtenus par Shell en Guyane. Contrariée, la compagnie pétrolière, appuyée par l’Union française des industries pétrolière et par Laurence Parisot, aurait fait pression directement sur Jean-Marc Ayrault, voire sur François Hollande, pour que l’«erreur» soit réparée. Avec grand bruit.

26 juin – Le groupe écologiste refuse de voter pour Claude Bartolone

Bisbilles au Palais Bourbon. Alors que les députés s’apprêtent à voter pour leur président, des tractations ont lieu en coulisse pour décider qui obtiendra la présidence de la Commission du développement durable. Le groupe écologiste, qui réclame le poste en vertu d’accords passés, se heurte à un refus de son allié socialiste. En conséquence, il décide de s’abstenir pour l’élection de Claude Bartolone au perchoir. «Loyauté implique respect», souligne alors le député EELV Denis Baupin. Une mise au point qui survient moins d’une semaine après la maladresse du ministre des Relations avec le Parlement Alain Vidalies, qui avait estimé que les députés EELV auraient «la liberté d'expression, pas la liberté de vote».

3 juillet - 2 août – Une session parlementaire un peu légère?

Une session extraordinaire pour peu de textes votés. L’UMP a critiqué la tenue, pendant quatre semaines, de la session parlementaire qui n’aura débouché «que» sur la loi de finance rectificative, le texte sur le harcèlement sexuel et un autre sur l’abrogation de l’augmentation des 30% des droits à construire. La session était «tout à fait utile», a défendu le ministre des Relations avec le Parlement Alain Vidalies, qui a soutenu qu’elle était «absolument comparable aux autres, si on veut bien regarder ce qui s'est passé dans des situations politiques identiques». «L’automne sera chargé avec le début du chantier de la décentralisation, la réforme fiscale, etc. Il y aura des textes. Que les députés UMP ne s’inquiètent pas», a surenchéri Jean Mallot, le directeur de cabinet d’Alain Vidalies.

11 juillet – Thomas Hollande tacle Valérie Trierweiler

L’incendie provoqué par le tweet de Valérie Trierweiler (presque) oublié, Thomas Hollande souffle sur les braises. Le magazine Le Point rapporte des propos du fils du Président, qui juge que la compagne de son père «a détruit l’image normale» qu’avait construite François Hollande. Thomas Hollande tempère ses propos, assure que «les propos rapportés, dont certains sont sortis de leur contexte, ont été tenus lors d'une conversation informelle». Le mal est fait.

9 août – Le Conseil constitutionnel censure la baisse de salaire du Président

François Hollande en avait fait la promesse: élu, il baisserait de 30% son salaire et celui du Premier ministre. Sauf que le Conseil constitutionnel a retoqué le projet, au nom de la séparation des pouvoirs. Les Sages ont en effet jugé que les diminutions des émoluments de l’exécutif n'avaient pas à figurer dans une loi de finances votée par le Parlement. Un couac pour cette mesure très symbolique qui devrait toutefois être adoptée par décret.