Manuel Valls et l'immigration: Un changement en demi-teinte

POLITIQUE Certaines annonces du ministre de l'Intérieur tranchent avec la politique de Nicolas Sarkozy. D'autres, non...

Nicolas Bégasse

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Le ministre de l'Interieur Manuel Valls, le 25 juin 2012  à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, près de Lyon, lors de la cérémonie de baptême de la 62ème promotion des commissaires de police.
Le ministre de l'Interieur Manuel Valls, le 25 juin 2012 à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, près de Lyon, lors de la cérémonie de baptême de la 62ème promotion des commissaires de police. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Le ministre de l’Intérieur a détaillé les principaux axes de sa politique d’immigration dans un entretien paru dans Le Monde daté de ce jeudi. Pour y voir clair dans ce que dit –et ne dit pas- Manuel Valls, 20 Minutes revient sur ses annonces en trois points: les intentions concrètes du ministre, l’esprit de sa politique, et les points communs entre l’immigration sous Hollande et sous Sarkozy.

Ce qui va changer dans la pratique

Plusieurs projets concrets ont été dévoilés par Manuel Valls. Premier parmi eux, au grand soulagement des associations de défense des droits des étrangers: la fin annoncée de la présence de familles avec enfants dans les centres de rétention. Un phénomène dénoncé sous Nicolas Sarkozy et qui persévérait sous François Hollande. «C’est une mesure primordiale et un pas en avant par rapport à la politique précédente», approuve Sarah Belaisch, responsable des commissions et des actions à la Cimade, jointe par 20 Minutes. Manuel Valls a annoncé une circulaire à venir dans les prochains jours. Autres changements annoncés: la création d’un titre de séjour intermédiaire de trois ans, la fin du «délit de solidarité» visant les particuliers venant en aide aux immigrés en situation irrégulière, l’inversion de la tendance à la baisse des naturalisations et le raccourcissement du délai de traitement pour les demandeurs d’asile.

Ce qui va changer dans l’esprit

Ne plus juger les préfets à l’aune de leurs résultats chiffrés, clarifier et uniformiser les critères de régularisation des étrangers et mettre fin aux files d’attente interminables devant les préfectures: en présentant sa feuille de route, Manuel Valls a aussi dévoilé une nouvelle manière d’appréhender la question de l’immigration. Un changement dans l’esprit salué par les associations. «Même sans moyens supplémentaires, on peut changer d’état d’esprit dans le traitement des étrangers», souligne Sarah Belaisch. «On peut changer la façon dont on demande aux préfets de traiter les demandes, leur dire de le faire avec bienveillance plutôt qu’avec fermeté. C’est une question de volonté politique. Il faut montrer que l’immigration est une chance pour la France.»

Ce qui ne va pas changer

Premier regret des associations, et ce depuis la formation du gouvernement: le droit d’asile et les naturalisations restent une prérogative du ministère de l’Intérieur plutôt que de la Justice, un choix hérité du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Second regret, prévisible au vu de l’image de fermeté de Manuel Valls en matière de sécurité: le nombre de régularisations ne sera pas plus élevé que sous l’ère Sarkozy – environ 30.000 par an. Sur le nombre de reconduites à la frontière, le ministre est resté évasif, indiquant qu’il n’y aurait plus d’«objectif chiffré», même s’il ne faut pas pour autant «casser le thermomètre». Autre déception: si Manuel Valls ne veut plus d’enfants dans les centres de rétention, il n’a pas explicitement parlé du cas de Mayotte, le 101e département français. «Il faut aller jusqu’au bout et cibler aussi le centre de rétention de Mayotte, où les conditions d’accueil sont déplorables et où, en 2011, il y a eu 5.000 placements d’enfants en rétention, contre 300 pour la métropole», signale Sarah Belaisch.