«Le Manifeste des Maquizards, c'est la société civile qui s'exprime»

INTERVIEW Le co-auteur du «Manifeste des Maquizards», un recueil d'idées pour redresser la France, parle de son livre, qui paraît jeudi...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

— 

Couverture du «Manifeste des Maquizards», paru aux éditions Michalon le 19 avril 2012.
Couverture du «Manifeste des Maquizards», paru aux éditions Michalon le 19 avril 2012. — 20MINUTES.FR

Les Maquizards sont des anonymes de tous âges et viennent de corps de métiers différents. Il y a un an et demi, les deux premiers d’entre eux ont lancé le mouvement, rejoints depuis par plusieurs hommes et femmes de la société civile, avec une idée en tête: tout n’est pas foutu. Au fil du temps, ils ont esquissé des idées pour redresser le pays, en insistant sur le besoin de réformes profondes et la nécessité d’un langage de vérité de la part des politiques. Sans langue de bois, mais derrière le masque de l’anonymat, ils développent leurs idées sur le Web et dans un livre publié jeudi chez Michalon: Le manifeste des Maquizards. Contacté par 20 Minutes, leur doyen et co-créateur du projet détaille l’initiative.

Pourquoi avoir choisi l’anonymat?

Pour deux raisons. Nous trouvons qu’en France, on se focalise trop sur le messager et pas assez sur le message. Nous ne sommes pas élus et n’avons pas l’intention de l’être, on n’a pas à se vendre nous-mêmes. L’anonymat permet de se focaliser sur notre message, nos idées, nos recommandations. La seconde raison c’est que certains d’entre nous sont chef d’entreprise, économiste dans une banque ou magistrat, et ont un devoir de réserve.

Il n’y a pas de langue de bois dans votre livre, vous y parlez de sacrifices nécessaires… L’anonymat est-il nécessaire pour parler franchement?

Non, parce qu’un des problèmes dénoncés dans le livre c’est qu’en France, les dirigeants politiques ont a pris l’habitude de tenir aux Français des propos agréables à entendre, et pas un langage de vérité. Certains dans l’Histoire ont su le faire, comme De Gaulle, Barre ou Mendès-France. Mais ces trente dernières années, c’est le discours agréable qui a primé, et qui a pu laisser penser que tout ne va pas si mal en France. Après, oui, c’est plus facile quand on est anonyme, mais l’expérience de certains a montré que même sans anonymat, tenir un discours de vérité est possible.

Pouvez-vous être légitime malgré votre anonymat?

On n’a pas la légitimité de celui qui affronte un scrutin au suffrage universel. Mais on a l’impression que la classe politique est essoufflée, qu’elle a du mal à parler et à se faire entendre. Nous avons une démarche de société civile, non-partisane. Aujourd’hui la France n’attend plus un homme providentiel, les Français doivent compter sur eux-mêmes, sur la société civile, pour s’exprimer, se secouer.

Votre livre reprend des idées de droite et des idées de gauche. Comment se sont déroulés les débats en interne?

Il y en a eu beaucoup, c’est le côté sympathique de ce genre d’aventure: on parle, l’un d’entre nous envoie le brouillon, on en rediscute, etc. Il y a des idées dans ce livre avec lesquelles je ne suis pas d’accord, mais qu’ont défendues la majorité d’entre nous.

Le livre sort 4 jours avant le premier tour de la présidentielle. N’est-ce pas trop tard pour influer sur les programmes, la campagne?

Le sortir plus tôt aurait été mieux, je suis d’accord. Mais ce n’est pas trop tard: derrière la présidentielle il y a les législatives, et derrière il y a l’exercice du pouvoir. Dès que la campagne est finie, tout continue, les vrais défis sont toujours là! Le combat dans lequel nous nous sommes engagés est un combat pour des années, car plus les Français seront habitués à un discours de vérité, plus ils l’exigeront.

Avec leur anonymat, les Maquizards peuvent éviter la langue de bois. Pensez-vous que les responsables politiques en sont capables?

Oui, pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il y a le courage de la nécessité: pourquoi les politiques se mettent à parler des finances publiques, à part Bayrou qui en parlait déjà? Parce qu’ils sont devenus vertueux? Non, parce que les marchés se sont réveillés, qu’ils font peser une menace sur la France - ils sont obligés d’en parler. Ensuite parce que le bon sens Français existe, et qu’ils sont mûrs pour un discours de vérité, un discours d’adulte. Et à l’accepter, s’ils ont l’impression que l’effort à faire est partagé.