Sarkozy voulait doter Kadhafi du nucléaire jusqu'en 2010, selon Lauvergeon

Reuters
— 

Nicolas Sarkozy a envisagé de vendre du  nucléaire civil à la Libye de Mouammar Kadhafi au moins jusqu'à l'été  2010, déclare l'ex-présidente du directoire d'Areva Anne Lauvergeon, qui  dit s'être opposée à cette «folie». Dans une interview publiée mardi par le site de L'Express,  l'ancienne «sherpa» du président socialiste François Mitterrand, qui  publie un livre intitulé La femme qui résiste, raconte également que  le chef de l'Etat lui avait proposé, avant son arrivée à l'Elysée, de la  nommer dans son gouvernement.

Anne Lauvergeon, que Nicolas Sarkozy a décidé en juin 2011 de ne pas  reconduire à la tête d'Areva, reproche au président d'avoir «laissé  s'organiser un système de clan, de bandes et de prébendes» dans la  filière nucléaire française. «Ce système a fait la promotion d'un nucléaire bas de gamme à  l'international et proposé de transférer nos droits de propriété  intellectuelle mondiaux aux Chinois et de vendre du nucléaire à des pays  où ce n'est pas raisonnable», ajoute «Atomic Anne».

«L'Etat, censé  être plus responsable, soutenait cette folie»

Elle cite en particulier le cas de la Libye, à laquelle Nicolas  Sarkozy avait proposé en juillet 2007 de vendre un réacteur nucléaire,  notamment pour désaliniser de l'eau de mer, après la libération  d'infirmières bulgares détenues par les autorités libyennes. Après l'éclatement des printemps arabes, début 2011, la France a  été, à l'initiative de Nicolas Sarkozy, le fer de lance de  l'intervention militaire internationale qui a aidé les insurgés libyens à  renverser Mouammar Kadhafi et son régime. Anne Lauvergeon dit s'être opposée «vigoureusement» à la vente d'équipements nucléaires à la Libye.

«Nous jouions à fronts renversés», explique-t-elle. «L'Etat, censé  être plus responsable, soutenait cette folie. Imaginez, si on l'avait  fait, de quoi nous aurions l'air maintenant!» «Pourtant, quelle insistance ! A l'été 2010, j'ai encore eu, à  l'Elysée, une séance à ce sujet avec Claude Guéant et Henri Proglio»,  ajoute-t-elle en citant les noms du secrétaire général de l'Elysée de  l'époque et du PDG d'EDF, avec qui ses relations sont notoirement  mauvaises.

L'ex-dirigeante d'Areva, raconte par ailleurs que Nicolas Sarkozy  lui avait proposé, avant qu'il prenne ses fonctions à l'Elysée, d'entrer  dans son gouvernement au poste qu'elle voulait mais qu'elle avait  décliné l'offre. «Il ne composait pas un gouvernement, il recrutait pour un casting!» explique-t-elle. «Je crois au volontarisme du temps long, pas au  volontarisme de l'instant, prétexte à une agitation médiatique.» Selon Anne Lauvergeon, Nicolas Sarkozy, aujourd'hui candidat à un  second quinquennat, lui avait confié début 2007, «qu'il ne ferait qu'un  mandat, puis qu'il irait gagner de l'argent chez Bouygues».