Ces politiques réélus après avoir été condamnés

POLITIQUE Déboulonnés par des affaires, ils ont réussi leur retour sur le devant de la scène politique...

M.Gr.

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Alain Juppé, Patrick Balkany, Harlem Désir et Henri Emmanuelli ont tous été condamnés, puis réélus.
Alain Juppé, Patrick Balkany, Harlem Désir et Henri Emmanuelli ont tous été condamnés, puis réélus. — 20 MINUTES

Il y a donc une vie électorale après les condamnations judiciaires. Alors qu'Eric Woerth a été mis en examen ce jeudi pour «recel de financement illicite de parti politique», a l’issue d’une nouvelle audition à Bordeaux, l'ancien ministre peut néanmoins croire à un avenir politique français, dans l'hypothèse où il serait condamné dans cette affaire. Rattrapées par les affaires et déchues de leurs mandats électifs, certaines personnalités politiques ont réussi à faire oublier leur passif. Et à se faire réélire. Sélection par 20 Minutes...

Cap sur le Canada pour Alain Juppé (UMP)

Ministre à de nombreuses reprises dès les années 1980, proche collaborateur de Jacques Chirac, dont il fut l'adjoint à la mairie de Paris de 1983 à 1995, puis Premier ministre de 1995 à 1997,  il occupait également le fauteuil de maire de Bordeaux depuis 1995.

Mais en 2004, le tribunal correctionnel de Nanterre le condamne à 18 mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, et à une peine de dix ans d’inéligibilité.

Une décision ramenée ensuite à quatorze mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité par la Cour d'appel, mais qui l’oblige à quitter ses fonctions parlementaires et municipales.

Il part alors au Canada pour y enseigner en université, et ne revient en France qu’à l'été 2006. Il est alors réélu maire de Bordeaux le 8 octobre. En 2007, il est nommé ministre d'Etat de l'Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, puis devient ministre de la Défense en 2010 et enfin ministre des Affaires étrangères en 2011.

L’exil à Saint-Martin de Patrick Balkany (UMP)

Le maire de Levallois-Perret de 1983 à 1995, et depuis 2001, a lui aussi été rattrapé par les affaires. En 1996, il est en effet condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre à 15 mois de prison avec sursis, 200.000 francs d'amende et deux ans d'inéligibilité pour avoir rémunéré entre 1985 et 1995, aux frais du contribuable levalloisien, trois personnes désignées comme des employés municipaux, mais qui s'occupaient en réalité de son appartement et de sa résidence secondaire.

Contraint à l'exil à Saint-Martin, il fait son retour en 2001 aux élections municipales, qu'il remporte. Dans la foulée il retrouve, en juin 2002, le siège de député qu'il avait déjà occupé de 1988 à 1997.

Un emploi fictif pour Harlem Désir (PS)

Alors président de SOS Racisme, il  a également été épinglé par la justice. Le 17 décembre 1998, il écope de 18 mois de prison avec sursis et 30.000 francs d'amende pour recel et abus de biens sociaux. Il lui est reproché d'avoir perçu un salaire pour un emploi fictif dans «l'association régionale pour la formation et l'éducation des migrants», basée à Lille. Ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir son premier mandat, comme député européen, en 1999.

La démission d’Henri Emmanuelli (PS)

Mis en examen dans l'affaire Urba en 1992, il sera quant à lui condamné en qualité de trésorier du Parti socialiste. En 1997, il se voit infliger 18 mois de prison avec sursis, et deux ans de privation de ses droits civiques. Député de 1978 à 1997, année de sa démission, il est ensuite réélu député des Landes en 2001.

Déchéance pour Jean-Marie Le Pen (FN)

De son côté, le président du Front national n'a pas été contraint à la démission. Mais il a pourtant perdu son mandat de parlementaire européen en 2003. Un poste qu'il occupait depuis 1999, mais dont la Cour européenne de justice (CEJ) l'a déchu, après sa condamnation, en France, à un an d'inéligibilité. Il avait violemment pris à partie Annette Peulvast-Bergeal, candidate PS aux législatives, lors d'un déplacement en mai 1997 à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Le leader de l'extrême droite retrouvera son siège en 2004.

D'autres en revanche, comme Jaques Chirac ou Charles Pasqua, n’auront été rattrapés par la justice que bien plus tard. Une fois leur carrière politique derrière eux.