La vérité sur le rapatriement de Pierre Sarkozy en avion officiel

POLÉMIQUE près les révélations du «Canard enchaîné» sur le rapatriement en avion officiel de Pierre Sarkozy, «20 Minutes» apporte un éclairage et des réponses sur l’affaire...

Nicolas Bégasse avec Matthieu Goar

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Pierre Sarkozy le 22 octobre 2011 à Paris.
Pierre Sarkozy le 22 octobre 2011 à Paris. — Lionel Cironneau/AP/SIPA

Que reproche-t-on à Nicolas Sarkozy?

Le rapatriement du fils aîné du chef de l’Etat, Pierre Sarkozy, le 25 janvier dernier à bord d’un Falcon 50 officiel, a valu les sarcasmes du Canard enchaîné ce mercredi. Pour deux raisons. D’abord, le coût pour l’Etat de l’opération: l’heure de vol du Falcon 50 revient à 5.625 euros et l’avion a dû voler environ 7 heures, soit un total d’environ 40.000 euros de frais. Ensuite, l’opportunité du rapatriement: l’appareil fait partie de la flotte de l’Etec, une unité de l’armée de l’air chargée du transport - officiel - des hautes autorités de l’Etat et des délégations étrangères, ainsi que des évacuations sanitaires de civils et de militaires.

Peut-on utiliser la flotte officielle pour des raisons privées?

Oui, mais uniquement si on s’appelle Nicolas Sarkozy ou François Fillon. Seuls le président de la République et le Premier ministre ont le droit d’utiliser les appareils de l’Etec à titre privé. En fait, ils n’ont pas le choix: quelle que soit la raison de leur déplacement, ces deux personnalités doivent en permanence pouvoir rentrer au plus tôt à Paris. De plus, comme l’expliquait Matignon à 20 Minutes l’an dernier, en période vigipirate rouge, les autres moyens de transport sont strictement encadrés. Pour passer un week-end dans sa commune de Sablé-sur-Sarthe, François Fillon ne peut ainsi raisonnablement prendre le train ou la voiture. En 2009, le Premier président de la Cour des comptes relevait une anecdote parlante (à lire par ici, en page 5): soucieux de son image publique, Nicolas Sarkozy utilisait alors pour ses vacances en famille les lignes commerciales régulières. Le hic: un avion Falcon, vide, l’accompagnait quand même, au cas où le Président devait rentrer en urgence à Paris. En apparence économes, les vacances coûtaient plus que si seul le Falcon avait été utilisé.

Comment se passe le remboursement de ces vols privés?

Ce n’est pas parce qu’ils peuvent voyager à bord des Falcon de l'Etec à titre privé que François Fillon et Nicolas Sarkozy ne payent rien. Ils remboursent à l’Etec le prix que leur coûterait un billet en classe affaire. D’ailleurs, pour le retour en France de son fils le 25 janvier, Nicolas Sarkozy a sorti 7.632 euros de sa poche. De plus, contacté mercredi par 20 Minutes, le député PS  de l’Aisne et spécialiste des dépenses d’Etat, René Dosière, est venu apporter une précision aux affirmations du Canard: même si l’heure de vol d’un Falcon 50 de l’Etec coûte 5.625 euros, la facture que l’Etec adresse à l’Etat n’est que de 3.600 euros. L’aller-retour Villacoublay-Odessa de l’appareil n’aurait donc été facturé, le cas échéant, qu’environ 25.000 euros.

Les droits de Nicolas Sarkozy concernent-ils aussi sa famille?

Il y a débat. Selon René Dosière, «avec le fils Sarkozy, on est très clairement dans une affaire de type privée. Il y a une confusion des genres.» Le député estime qu’en étant «très compréhensif, on peut accepter qu’il soit rapatrié par un avion de l’Etec mais le remboursement doit être intégral.» Contacté par 20 Minutes, l’Elysée a un avis différent. «Pour des raisons de sécurité, l’entourage du Président, qui est un entourage exposé, peut bénéficier d’une évacuation», estiment les services de la Présidence, pour qui le «problème sanitaire» de Pierre Sarkozy représentait «un cas de force majeure». Son rapatriement en avion officiel représentait «le moyen le plus sécurisé et le plus adapté». Les avis divergent donc, et il sera difficile de trancher: selon l’Elysée, il n’existe pas de règle écrite sur l’utilisation des vols Etec par le président de la République et sa famille.