Philippe Courroye: Portrait d'un procureur devenu trop proche du pouvoir

PORTRAIT Aujourd'hui mis en examen dans l'affaire des «fadettes» du «Monde», le procureur était entre 1993 et 2007 considéré comme le pourfendeur de la corruption politique...

Bérénice Dubuc

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Philippe Courroye le 2 septembre 2010, à Nanterre.
Philippe Courroye le 2 septembre 2010, à Nanterre. — WITT / SIPA

Le début de la fin? Le procureur de Nanterre Philippe Courroye a été mis en examen mardi dans l'affaire des «fadettes» du Monde. Le magistrat soupçonné d'avoir tenté de découvrir illégalement les sources des journalistes du quotidien travaillant sur l'affaire Bettencourt a cependant indiqué que la question de sa démission «ne se pose pas».

Le magistrat de 52 ans, à la silhouette longiligne (ce qui lui vaut le surnom de «Héron»), voit une fois de plus sa réputation ternie par l'affaire Bettencourt. Pourtant, celui qui a poursuivi des personnalités de gauche comme de droite au cours de sa carrière n’était l’objet, à ses débuts, d’aucun soupçon. Au milieu des années 1990, alors juge d'instruction, le magistrat était ainsi considéré comme le pourfendeur de la corruption dans le milieu politique. Il a notamment précipité la chute de Michel Noir, maire RPR de Lyon, sa ville natale, ou encore celle du maire RPR de Grenoble, Alain Carignon.

Doutes sur son impartialité

Le «juge de fer» a poursuivi son travail contre la corruption en rejoignant en 1999 le pôle financier parisien, où il a mené des enquêtes dans de retentissantes affaires politico-financières, comme celle de l’«Angolagate», parachevée en 2009 avec la condamnation de Jean-Christophe Mitterrand, mais aussi de Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur. Il a aussi été à l’origine de l’arrestation du chef présumé des clandestins armés corses, Charles Pieri.

Mais, alors qu’il avait la réputation d'être un magistrat rigoureux, intransigeant, et qui mène ses enquêtes sans ménager ni son temps , ni ses efforts, ce sont ses relations étroites avec le pouvoir en place qui font douter de son impartialité. Depuis plusieurs années déjà, les accointances, ouvertement assumées voire revendiquées, de Philippe Courroye avec le plus haut sommet de l’Etat, posent question. La magistrature s’inquiète qu’il soit devenu un «proc aux ordres», qu’il soit passé de symbole de l'indépendance de la justice à celui de l'asservissement du parquet à l'exécutif.

«Je dîne avec qui je veux»

Ce tournant date de mars 2007, et sa nomination, entre les deux tours de la présidentielle, comme procureur de la République de Nanterre, alors même que le Conseil supérieur de la magistrature avait rendu un avis négatif sur le sujet. Certains dîners auxquels il participe font alors subodorer de possibles conflits d’intérêts. C’est le cas d’un repas partagé avec les époux Chirac chez le milliardaire François Pinault en 2008, ou, en 2009, d'un déjeuner chez le procureur du PDG de Casino Jean-Charles Naouri et d’un responsable policier chargé d'enquêter sur le groupe d'hypermarchés.

«Je dîne avec qui je veux», rétorque alors le procureur, qui a été décoré de la Légion d’honneur par Jacques Chirac, puis à qui Nicolas Sarkozy a remis les insignes d'officier de l'Ordre national du mérite en avril 2009. Le dossier pour abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt lui offre alors l’opportunité de faire mentir ses détracteurs et de prouver qu’il est toujours indépendant.

Nommément cité dans les écoutes

Mais c’est l’inverse qui se produit. Philippe Courroye est en effet nommément cité par Patrice de Maistre dans les écoutes du 21 juillet 2009, où il indique à Liliane Bettencourt que le conseiller juridique de Nicolas Sarkozy à l'époque lui a assuré que le procureur allait rejeter la plainte pour «abus de faiblesse» déposée par Françoise Bettencourt-Meyers à l'encontre de François-Marie Banier, deux mois et demi avant l’annonce officielle de cette décision.

Sa mise en examen pour «collecte illicite de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal et illicite» et «violation du secret des correspondances» pourrait lui porter le coup fatal. Soupçonné d'avoir illégalement tenté de découvrir qui informait des journalistes du quotidien Le Monde travaillant sur l'affaire Bettencourt, il dénonce pour sa part «des attaques destinées à salir (son) honneur», voire une «véritable chasse à l'homme».