Délinquance: Guéant pointe des «raids menés par des personnes originaires d'Europe centrale et orientale»

POLÉMIQUE e ministre de l'Intérieur a présenté ce mardi le dernier bilan des chiffres de l'insécurité, en légère baisse...

M.P. avec Reuters

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Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le 10 janvier 2012 à Paris.
Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le 10 janvier 2012 à Paris. — F.GUILLOT / AFP

Les chiffres sont clairs mais leur interprétation fait débat. Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, a présenté mardi les chiffres de la délinquance, en baisse de 0,34% en 2011, et de 16,47% depuis 2002. Cette année «12.000 faits de moins» ont été répertoriés, a-t-il résumé.

Un bilan «biaisé» et «maquillé», selon l’opposition, qui conteste l’utilisation d’un chiffre global. C’est «un exercice de maquillage des faits de délinquance», a jugé François Rebsamen, le président du groupe socialiste au Sénat, spécialiste des questions de sécurité. «Plus personne n'est dupe de cette avalanche de chiffres, où la petite délinquance est mélangée avec le grand banditisme. Cette politique de communication et de statistiques est déconnectée de la réalité du terrain», a renchéri Eva Joly, la candidate écologiste. Pour Rebsamen, Claude Guéant «maquille» en faisant état d'une baisse des destructions et dégradations alors que «plus de la moitié de la baisse est due au recul spectaculaire des vols d'automobile». L'élu socialiste affirme également que certains actes de vandalisme ne sont plus comptabilisés, de même que les vols de téléphones mobiles, qui feraient l'objet d'une simple main-courante.

Les immigrés visés

Claude Guéant, lui, a insisté sur la stabilisation des violences aux personnes, qui n'avaient cessé d'augmenter ces dernières années alors que la lutte contre l’insécurité est un cheval de bataille de Nicolas Sarkozy. Ces violences, qualifiées d'atteintes volontaires à l'intégrité physique, n'ont progressé que de 0,1% en 2011, alors que la hausse cumulée depuis 2002 était de 22,8%. Claude Guéant a souligné que le sous-ensemble des violences familiales était en légère augmentation (+0,2%) mais que les violences crapuleuses, qui contribuent le plus au sentiment d'insécurité, baissaient de 0,1%.

«Puisqu'il est de bon ton à gauche de dire que les violences aux personnes sont un échec des gouvernements qui se sont succédé depuis 2002, je lui rappellerai que pendant les cinq dernières où elle était au pouvoir, les violences aux personnes avaient augmenté de 70%», a contre-attaqué le ministre. Si la délinquance de proximité (4,15%) et les atteintes aux biens (1,74%) sont en baisse, il y a un gros point noir, a reconnu le ministre: la hausse de 16% des cambriolages de résidences principales et secondaires. Et pour le ministre, cette augmentation est due aux «raids menés par des personnes originaires d'Europe centrale et orientale». 

Retour de la «double peine»

«C'est très difficile à combattre parce que ce sont des gens qui passent d'un pays à l'autre très rapidement», a-t-il insisté, précisant avoir demandé à la Commission européenne la mise au point d'un plan spécifique animé par Europol et Eurojust, les bras policier et judiciaire de l'Union européenne. Claude Guéant a également salué le dépôt par trois députés d'une proposition de loi qui permettrait d'étendre la peine complémentaire d'interdiction du territoire français aux étrangers qui résident depuis peu de temps en France et qui ont commis des actes de délinquance. Des responsables de gauche y voient un retour de la «double peine», pourtant supprimée par Nicolas Sarkozy

 

Nathalie Arthaud, candidate Lutte ouvrière à la présidentielle, accuse le ministre de l'Intérieur de xénophobie. «En désignant ouvertement les immigrés comme responsables des cambriolages, Guéant se met au niveau des discussions de comptoir sur “les étrangers qui viennent voler le pain des Français”», écrit-elle dans un communiqué.